Les photos chocs sur les paquets de cigarette font encore un peu peur…au gouvernement

Paris, le jeudi 8 janvier 2009 – Si l’on ne parle aujourd’hui que du froid et des dysfonctionnements des hôpitaux publics, l’année dernière, à la même époque, c’était l’interdiction de fumer dans les lieux publics qui faisait figure de sujet vedette. Cependant, malgré cette mesure phare, le tabagisme actif n’a pas reculé en France l’année dernière, stagnant autour de 30 %, soit « un peu au-dessus de la moyenne européenne » comme l’a rappelé hier la directrice générale de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). Aussi, l’action du ministère de la Santé en 2009 est fortement attendue dans ce domaine. Cependant, que ceux qui estiment que toucher au porte monnaie des fumeurs n’est pas une solution heureuse se rassurent : il ne devrait pas y avoir de nouvelle hausse du prix du tabac en 2009, au grand dam de l’Office français du tabagisme, qui a récemment dénoncé le gel du coût des cigarettes depuis quatre ans.

Ca n’arrive qu’aux autres

Cette absence d’action sur les tarifs ne devrait pas empêcher Roselyne Bachelot d’agir. Le ministre a ainsi présenté les axes majeurs de sa communication « anti tabac » en 2009. Il s’agira de « favoriser la perception individuelle de la dangerosité du tabac ». En effet, si rares sont aujourd’hui les fumeurs qui peuvent ignorer la nocivité de leur addiction, beaucoup se rassurent encore en estimant que leur propre consommation reste sans grand danger. « Moins d’un fumeur quotidien sur quatre considère que le risque de cancer associé à son propre tabagisme est élevé », relève ainsi le ministère de la Santé. Aussi, entend-t-il poursuivre ses campagnes de « dénormalisation du tabac ». Par ailleurs, l’accent sera mis sur l’aide au sevrage : le portail « tabac-info-service » devrait notamment proposer en 2009 une prise en charge plus personnalisée. En pratique, quatorze programmes de coaching seront développés sur le site, qui répondront chacun à différents profils de fumeur, des adolescents peu dépendants aux fumeurs très dépendants qui se lancent dans leur premier essai, en passant par les femmes enceintes. Ces dernières devraient, qui plus est, être l’objet d’une attention particulière en cette année 2009. En effet, on estime qu’une femme enceinte sur cinq continue aujourd’hui de fumer pendant la grossesse. Si une amélioration a été constatée depuis 2000 (époque à laquelle elles étaient 28 %), cette proportion reste l’une des plus élevées d’Europe.

 

Photo choc ou grand blanc ?

Mais au-delà de ces campagnes générales ou ciblées, l’année 2009 pourrait voir la France se défaire de sa vieille réticence à l’égard de l’apposition de photos chocs (poumons de fumeur malade, patient en réanimation…) sur les paquets de cigarette. Alors que les avertissements écrits que l’on peut lire depuis plusieurs années auraient perdu de leur efficacité, le ministre a indiqué que des « images tout à fait explicites, pour ne pas dire très dures » pourraient être visibles sur les paquets à la fin de l’année. Cependant, l’embarras du gouvernement face à une mesure testée par nombre de pays étrangers et recommandée par l’Union européenne semble quelque peu perdurer. On observera tout d’abord la prudence du ministère qui a demandé de nouvelles expertises à l’Académie de médecine, à l’INPES et à la Direction générale de la santé (DGS) avant de donner le feu vert définitif de cette campagne. Par ailleurs, les services de l’Avenue de Ségur n’ont pas caché que d’autres solutions étaient également à l’étude, tel l’effacement de tous les packagings. « L’impact d’une telle mesure est encore mal connu et nous sommes en train de l’étudier » a précisé Roselyne Bachelot. Quelle que soit la mesure finalement adoptée, il apparaît déjà que la perspective d’un habillage « choc » des paquets de cigarettes irrite très fortement les buralistes.

Impact sur la santé publique de l’interdiction de fumer dans les lieux publics

La présentation de son plan d’action 2009 contre le tabac a été également l’occasion pour le ministère de la Santé de dresser un nouveau bilan de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Elle a souligné combien la mesure était bien respectée et bien acceptée. Ainsi, quand 70 à 90 % des personnes s’étant rendues dans un bar au cours du mois précédent avaient déclaré avoir été exposées à la fumée entre décembre 2006 et décembre 2007, elles n’étaient plus que 16 % à la fin du mois de janvier 2008 et 8 % dans les mois qui ont suivi. En outre, alors que 85 % des non fumeurs se déclaraient favorables à l’interdiction de fumer dans les lieux publics avant l’entrée en vigueur de la mesure, ils sont désormais 94 % à l’approuver. Une progression similaire (de 70 à 85 % de personnes favorables) s’observe chez les fumeurs. Concernant l’impact de la mesure en terme de santé publique, Roselyne Bachelot a considéré qu’il était trop tôt pour l’évaluer en « toute fiabilité ». L’étude Indicateurs mensuels du tabagisme passif publiée le 23 février avait cependant mis en évidence de nombreux signaux positifs, notamment en ce qui concerne la santé des salariés du secteur CHRD (cafés hôtels restaurants discothèques).

A.H.

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