Afflux de personnes âgées aux urgences : une situation difficile à observer froidement !

Paris, le lundi 12 janvier 2009 – Les températures ont beau se maintenir dans de nombreuses régions juste au-dessus de zéro, dans les hôpitaux et dans les couloirs du ministère, le souvenir de la canicule de 2003 se fait de plus en plus présent. Avenue de Ségur, les fatales erreurs de communication de l’équipe de Jean-François Mattei apparaissent brûlantes d’actualité, alors  qu’un afflux de personnes âgées est constaté aux urgences, poussées par la vague de froid. Refusant que soient donc répétés les dysfonctionnements et les dénonciations du passé, dès que l’Institut de veille sanitaire (InVS) a confirmé les tendances observées par les urgentistes évoquant une « augmentation significative » des admissions aux urgences, un appel à la solidarité a été officiellement lancée par le ministère de la Santé. Bien que les autorités se refusent à toute dramatisation et indiquent notamment que les « systèmes de surveillance ne montrent rien de massif » et que le phénomène est « impossible à chiffrer » le piège du silence, tout particulièrement en cette période de tensions à l’hôpital, a été évité. Ainsi, un premier appel a été lancé vendredi, relayé par un message radio samedi, qui incite « chacun à faire preuve de vigilance et de solidarité » à l’égard des personnes âgées « en leur rendant visite ou en prenant de leurs nouvelles ». La directrice de l’Institut de veille sanitaire (InVS), Françoise Weber a souligné combien l’isolement représentait un facteur de risque : « Les personnes âgées ou handicapées qui sont isolées et ont des problèmes de santé ont tendance à ne plus sortir de chez elles, et à recevoir moins de visites en raison du froid. Leur état de santé se dégrade car ces personnes ne sont pas prises en charge assez tôt. Il est temps d’agir : si tout le monde est vigilant, ceux qui ne vont pas bien seront pris en charge à temps ».

Trois semaines d’alerte

L’effort du gouvernement n’a évidemment pas été considéré comme suffisant par les acteurs présents sur le terrain. Marc Giroud, président du Samu de France, ne s’est, comme à son habitude, pas montré le plus incisif. Il a cependant confirmé que les services d’urgence connaissaient de « forte pression », mais a cependant considéré que ce n’est pas tant la déshydratation ou la dégradation de l’état de santé des personnes âgées qui représentent la majeure partie des arrivées mais plutôt les pathologies hivernales. Il estime cependant que « tout est en place pour renforcer les structures hospitalières, si nécessaire ». Le constat du docteur Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) est, de façon peu surprenante, moins amène. Rappelant que plus de vingt « plans blancs » ont été déclenchés dans les hôpitaux ces quinze derniers jours, il a fustigé la réaction tardive du gouvernement : « Cela fait trois semaines que nous tirons la sonnette d’alarme » a-t-il affirmé. Il a par ailleurs une nouvelle fois décrit les difficultés des urgentistes liées à la pénurie de places : « Les urgentistes passent leur temps au téléphone pour trouver des lits, des gens attendent sur des brancards, l’accueil dans les services de réanimation est très difficile en Ile de France ».

Une réponse un peu courte

Du côté de l’Association des directeurs des établissements hébergeant des personnes âgées (AD-PA), l’opinion sur l’action du gouvernement est également très négative. Son président Pascal Champvert a ainsi dénoncé : « D’accord pour l’appel à la solidarité (…). Ok pour les messages radios (…). Mais ces initiatives ne règlent rien, car les personnes concernées sont le plus souvent sans famille proche et sans voisinage » a-t-il souligné. Pour lui, le phénomène actuel n’est que le signe du mauvais état du système de prise en charge des plus âgés dans notre pays.

A.H.

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