Aspirine : quelle est la meilleure dose ?

Malgré l’accumulation des preuves démontrant l’intérêt de l’aspirine en prévention des événements cardiovasculaires, il peut encore subsister quelques doutes quant à la posologie optimale à utiliser. Il est généralement considéré que toutes les doses se vaudraient sur le plan efficacité, mais que les faibles doses seraient plutôt mieux tolérées (mais ceci, sans compter avec les cas - non exceptionnels - de résistance à l’aspirine…)

Afin de tenter d ‘apporter de nouveaux éléments de réponse à cette vieille question, une équipe multinationale s’est intéressée a posteriori au devenir des patients ayant appartenu au groupe placebo d’une grande étude prospective et randomisée (BRAVO [Blockage of the Glycoprotein IIb/IIIa Receptor to Avoid Vascular Occlusion trial]).

Les auteurs ont donc revu les données de quelque 4 600 participants (n : 4 589) et ont comparé, avec un recul de 12 mois en moyenne, la morbidité et la mortalité de ceux traités par aspirine à moins de 162 mg par jour à celles des sujets traités avec une dose plus importante. Il s’agissait exclusivement de patients ayant fait récemment un infarctus du myocarde (IDM) ou un accident vasculaire cérébral (AVC) constitué ou transitoire, ou de patients polyvasculaires.

Avant ajustement sur les facteurs confondants, il est apparu que les fortes doses d’aspirine étaient associées à une moindre mortalité toutes causes confondues (1,6 % versus 2,9 % ; p : 0,0034).

Les fortes doses d’aspirine étaient ainsi un facteur prédictif indépendant (après ajustement) de moindre mortalité avec une baisse relative de 36 % de l’incidence des décès toutes causes confondues (risque relatif [RR] : 0,64 ; intervalle de confiance [IC] : 0,42-0,97 ; p : 0,037).

Il n’a cependant pas été noté de différence significative entre les doses d’aspirine sur un critère composite combinant la mortalité et les IDM et AVC non fatals (6,1 % versus 6,2 % ; p : 0,74).

Comme cela était à craindre, les fortes doses d’aspirine semblent être un facteur prédictif indépendant de saignements toutes gravités confondues (RR : 1,32 ; IC 1,12-1,55 ; p : 0,001) mais elles ne paraissent pas favoriser significativement les saignements sévères.

Cette étude observationnelle, et par conséquent limitée méthodologiquement, suggère finalement qu’une dose d’aspirine d’au moins 162 mg par jour serait plus efficace qu’une moindre dose pour prévenir les événements cardiovasculaires majeurs, mais serait plutôt moins bien tolérée en favorisant des saignements peu graves.

Le débat serait-il rouvert ?

Dr Olivier Meillard

Référence
Aronow HD et coll. on behalf of the BRAVO trial investigators : Relation between aspirin dose, all-cause mortality, and bleeding in patients with recent cerebrovascular or coronary ischemic events (from the BRAVO trial). Am J Cardiol 2008;102:1285-90

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