Prévalence de l’hypothyroïdie en Ukraine depuis Tchernobyl

Après l’accident survenu à la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, de vastes zones du nord de l’Ukraine, de régions Belarus et de Russie ont été contaminées, entre autres, par l’iode 131, et les données accumulées depuis cette catastrophe laissent apparaître clairement une augmentation substantielle des cancers thyroïdiens chez les sujets exposés dans l’enfance. Mais peu d’études ont évalué les autres effets possibles sur la fonction thyroïdienne chez les sujets exposés, les rares travaux existants aboutissant à des résultats non homogènes et péchant par manque d’estimation des doses individuelles reçues. Des auteurs américains et ukrainiens ont donc entrepris d’évaluer la prévalence du risque d’hypothyroïdie en population exposée, en Ukraine.

Ils ont mené, entre 1998 et 2000, une étude transversale, qui a  porté sur une cohorte de 11 853 habitants âgés de moins de 18 ans lors de l’accident, chez lesquels la radioactivité thyroïdienne individuelle a été mesurée dans les deux mois ayant suivi la catastrophe, en mai ou juin 1986. Les dosages de TSH, de T4 libre et des anticorps antithyroperoxydase (ATPO) ont été effectués, ainsi que de l’iodurie.

L’hypothyroïdie a été définie par une élévation de la TSH sérique au-dessus de 4 mUI/l, et l’hypothyroïdie patente par un taux de T4 libre en dessous de 10 pmol/l.

Dans cette cohorte de 11 853 habitants (dont 49 % de femmes), âgés en moyenne de 8 ± 4,7 ans lors de l’accident, et de 21,6 ± 4,9 ans lors de l’examen, la dose médiane d’iode 131 absorbée était de 0,79 Gy (0-40,7 Gy). Sept cent dix-neuf d’entre eux (6,1 %) se sont avérés avoir des taux de TSH supérieurs à 4 mUI/l ; ces taux dépassaient 10 mUI /l chez 22 participants, et 14 avaient des taux de T4 libre élevés témoignant d’une hypothyroïdie patente.

Des ajustements nombreux ont été effectués, sur l’âge, le sexe, ainsi que sur le lieu de résidence, la date de l’examen, le statut tabagique au cours de l’étude, la consommation de vitamines, les antécédents familiaux de maladies thyroïdiennes, les ATPO sériques et l’iodurie. 
Une association significative a été mise en évidence entre exposition à des doses d’iode 131 faibles à modérées et hypothyroïdie prévalente. L’excès d’odds ratio (OR) était de 10 % (IC à 95 % 3-21) par gray, largement limité aux hypothyroïdies infracliniques.

Cet excès d’OR par gray est apparu significativement plus élevé chez les sujets dont le taux d’ATPO était inférieur ou égal à 60 U/ml en comparaison de ceux dont les taux dépassaient 60 U/ml.

Les résultats de cette étude, la première selon les auteurs à relier significativement prévalence de l’hypothyroïdie et doses individuelles d’iode 131 liées à une exposition environnementale, appelle des études complémentaires, prospectives, pour préciser cette relation et élucider les rôle des anticorps antithyroperoxydase.

Dr Claudine Goldgewicht

Références
Ostroumova E et coll. : Subclinical hypothyroidism following radio-iodine exposure : Ukrainian-American Cohort Study of thyroid cancer and other thyroid diseases after the Chornobyl accident (1998-2000). Environ Heath Perspect, 2008 ; Publication avancée en ligne, 15 décembre 2008.

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