De nouveaux facteurs environnementaux pour le cancer de la prostate ?

En Caroline du Sud, aux États-Unis, où l’incidence du cancer de la prostate dépasse la moyenne nationale, S Wagner et coll. ont cherché à préciser le rôle éventuel des facteurs environnementaux dans la survenue de ce cancer. Quelques études ayant suggéré une influence de l’utilisation des eaux souterraines et des concentrations de zinc dans le sol dans l’épidémiologie du cancer de la prostate ils ont concentré leurs efforts sur ces points.

Ils se sont appuyés pour ce faire sur plusieurs sources : le registre général des cancers de Caroline du Sud; les données du recensement de 1990 (laissant une période de latence allant de 6 à 12 ans avant évaluation de la relation entre les expositions environnementales et l’incidence du cancer de la prostate), les données démographiques et économiques (âge, distribution ethnique, revenu des foyers), le nombre de régions agricoles, la proportion de sujets utilisant les eaux souterraines comme principale source d’apport en eau,  l’Environmental Protection Agency des États-Unis pour le nombre de sites et décharges dangereux.

L’analyse a porté sur 17 765 cas de cancers survenus entre 1996 et 2002, chez des sujets âgés en moyenne de 68 ± 9 ans.

La consommation d’eau souterraine était élevée, atteignant ou dépassant 50 % des apports en eau, chez 20 % des cas. La concentration moyenne en zinc du sol était, en Caroline du Sud, de 13,5 ± 46,6 ppm ; dans les États limitrophes, elle allait de moins de 5 à 2 900 ppm (moyenne : 60 ppm).

Dans 81 régions, l’étude a recensé à la fois un ratio d’incidence standardisé pour le cancer de la prostate plus élevé qu’attendu et des médianes de concentration de zinc dans le sol plus faibles que la moyenne de l’État.

La forte consommation d’eau souterraine combinée aux faibles concentrations de zinc dans le sol est apparue associée à un accroissement du risque de cancer de la prostate (RR = 1,270 IC à 95 %  1,079-1,505), sans paraître contribuer significativement aux disparités ethniques pour ce cancer.
En revanche, dans les régions à faible consommation d’eau souterraine (représentant moins de 50 % des apports en eau), il n’a pas été mis en évidence de relation significative entre concentrations de zinc dans le sol et cancer de la prostate.

Dans les régions à forte consommation d’eau souterraine, l’augmentation du nombre de zones agricoles ou de sites et décharges dangereux n’a pas eu d’effet modificateur sur le risque de cancer de la prostate.

Cette étude, dont les données n’ont pas été analysées au niveau individuel, a donc croisé les informations de plusieurs bases de données, mais n’a pas pris en compte l’effet de l’exposition au cadmium (celle-ci ayant été associée par certains travaux au risque de cancer de la prostate). Elle met l’accent sur l’utilité de la cartographie à l’échelle d’un État et attire l’attention sur des relations possibles entre certains facteurs environnementaux comme une faible teneur en zinc du sol ou l’utilisation d’eaux souterraines, et l’incidence du cancer de la prostate. Bien sûr, compte tenu de la méthodologie de l’étude, l’intervention de multiples facteurs de confusion n’est pas à exclure.

Dr Julie Perrot

Référence
Wagner SE et coll. Soil zinc content, groundwater usage, and prostate cancer incidence in South Carolina. Cancer Causes Control, Publication en ligne, 24 octobre 2008.

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