Même modérée, l’exposition à l’amiante augmente encore le risque de cancer du poumon

La plupart des études qui ont évalué la relation entre exposition à l’amiante et risque de cancer du poumon ont concerné des sujets professionnellement soumis à des niveaux d’exposition élevés, comme les mineurs et les employés des fabriques de ciment. Les dangers d’expositions plus faibles, tels qu’elles peuvent exister dans l’environnement et dans diverses activités professionnelles sont moins bien établis et controversés. De plus il faut désormais s’interroger sur les risques liés aux fibres de substitution à l’amiante, laines minérales et fibres céramiques, désormais de plus en plus utilisées pour l’isolement des installations résidentielles et commerciales. Deux études canadiennes s’efforcent de répondre à ces interrogations.

De type cas-témoins, ces études menées en population générale, ont inclus les cas incidents de cancer du poumon, histologiquement confirmés, identifiés chez des habitants de la région de Montréal. Dans l’étude I , conduite de 1979 à 1986 il s’agissait de cas survenus chez des hommes âgés de 35 à 70 ans, et dans l’étude II de cas identifiés chez des hommes et des femmes âgés de 35 à 75 ans. Les témoins, tirés au sort sur les listes électorales, ont été appariés aux cas pour l’âge et le lieu de résidence dans l’étude I, selon la distribution d’âge, de sexe et de lieu de résidence dans l’étude II.

Des entretiens ont précisé les données socio-démographiques, les revenus, le mode de vie, les habitudes tabagiques, et détaillé chaque activité professionnelle exercée et les équipements de protection utilisés. L’historique de carrière a été reconstitué afin d’évaluer les expositions professionnelles vie entière à 294 agents, dont l’amiante et les fibres vitreuses de synthèse.

L’étude I a concerné 857 cas et 1 066 témoins, l’étude 11 858 cas et 1 295 témoins.

Après ajustements, l’analyse des données regroupées des deux études montre une association entre l’exposition à des doses substantielles d’amiante et un excès de risque de cancer du poumon (odds ratio, OR = 1,78 IC à 95 % 0,94-3,36), plus marqué pour des durées d’exposition dépassant 20 ans, sans effets modificateurs observés d’autres expositions professionnelles potentiellement confondantes comme celles à la silice, au chrome hexavalent, aux émissions diesel.

L’analyse des effets conjoints du tabagisme et de l’amiante laisse apparaître, chez les fumeurs exposés à l’amiante, un OR pour le cancer du poumon de 10,80 (7,10-16,42) en comparaison des non-fumeurs non exposés à l’amiante, les OR étant par ailleurs respectivement de 9,03 (6,15-13,27) chez les fumeurs non exposés à l’amiante et de 1,93 (0,93-4,01) chez les non-fumeurs exposés à l’amiante.

Pour l’exposition aux seules fibres vitreuses de synthèse, les résultats suggèrent un excès de risque, statistiquement non significatif, pour les expositions non substantielles (1,59 ; 0,94-2,67), tandis que pour les expositions substantielles, l’OR était de 1,10 (0,37-3,22).

Les résultats de cette étude, forte d’un grand nombre de cas avec des historiques de carrière vie entière des participants, d’une évaluation experte des expositions au travail, mais pas à l’abri d’une erreur de classement du niveau des expositions, suggèrent une association entre exposition professionnelle à l’amiante et risque accru de cancer du poumon, pour une vaste gamme d’activités professionnelles (mécaniciens automobiles, plombiers, soudeurs, installateurs et réparateurs d’équipements électriques, personnels impliqués dans la lutte contre les incendies…) à des niveaux d’exposition probablement bien inférieurs à ceux des cohortes antérieures. Pour l’exposition aux fibres vitreuses de synthèse, les résultats apparaissent moins précis : ils n’apportent pas d’arguments en faveur d’une association entre exposition à ces fibres de substitution et risque de cancer du poumon, mais ils ne permettent pas de l’exclure totalement. 

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Pintos J et coll. : Occupational exposure to asbestos and man-made vitreous fibers, and risk of lung cancer : evidence from two case-control studies in Montreal, Canada. J Occup Environ Med 2008 ; 50 : 1273-81.

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