Rhumatologues, ne méconnaissez pas le syndrome des jambes sans repos !

Le Syndrome des Jambes Sans Repos (SJSR) se caractérise par un besoin irrésistible de bouger les membres inférieurs avec fréquemment des dysesthésies, une gêne maximale au repos, un soulagement  lors du mouvement, la survenue des manifestations principalement le soir et la nuit. Ces quatre éléments sont requis pour poser le diagnostic

Le SJSR peut être la conséquence d’une insuffisance rénale, d’une carence en fer, d’une grossesse et le « contrôle » de la cause améliore ou fait disparaître le SJSR. Ce syndrome peut aussi être associé à certaines maladies comme la polyarthrite rhumatoïde, le diabète, certaines neuropathies. Mais le plus souvent, il s’agit d’une forme primaire où l’on retrouve  fréquemment des antécédents familiaux, ce qui suggère une origine génétique.
La fréquence dans la population est de 5 à 10 % avec une prépondérance féminine

Une équipe américaine a cherché à préciser les liens entre SJSR et maladies rhumatismales à partir d’une revue de la littérature.
Le SJSR apparaît fréquent chez les malades souffrant de polyarthrite rhumatoïde (PR), plus encore pour les femmes (prévalence de 15 à 30 %). Le risque SJSR est par ailleurs d’autant plus important que la PR est sévère. La prévalence du SJSR est également élevée dans la  fibromyalgie (30 %), le syndrome de Sjögren (24 %), la sclérodermie (22 %). Il est donc important pour les rhumatologues de bien connaître le SJSR, d’autant plus que certaines des manifestations de celui-ci peuvent aussi en imposer pour une maladie rhumatismale et que les patients souffrant de SJSR sont susceptibles de leur être adressés pour un diagnostic différentiel.

La physiopathologie du SJSR n’est pas élucidée mais il semble qu’il s’agisse  vraisemblablement d’un trouble du métabolisme de la dopamine.
Le traitement dépend de la sévérité de la maladie. Les symptômes peuvent être améliorés  par la suppression du café, de l’alcool, une amélioration de l’hygiène du sommeil avec des couchers à heures fixes.

Dans les formes plus sévères, un traitement pharmacologique peut être prescrit : agents dopaminergiques, L-Dopa. Cependant, chez les malades traités par L-Dopa au long cours, on assiste parfois à une aggravation des symptômes. C’est pourquoi ce traitement est réservé aux formes intermittentes.

Les agonistes dopaminergiques  (AD) non dérivés de l’ergot de seigle (ropinorole, pramipexole) sont actuellement considérés comme devant être proposés en première intention chez les malades nécessitant un traitement journalier.

D’autres AD dérivés de l’ergot de seigle, comme le  pergolide (retiré du marché aux USA), la cabergoline sont également efficaces  mais ne sont pas dénués d’effets secondaires. Chez les malades résistants aux AD ou ayant un effet secondaire, les benzodiazépines, la morphine, la gabapentine offrent une alternative intéressante.

Dr Juliette Lasoudris-Laloux

Référence
Hening WA et coll. : Restless Syndrome : A common disorder in patients with rheumatologic conditions. Semin Arthritis Rheum., 2008 ; 38 : 55-62

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