Le peintre était fumeur…

L’enquête étiologique médicale s’apparente parfois aux investigations policières. En témoigne une fois encore l’histoire de ce peintre en bâtiment, qui a sans doute quelque temps intrigué son médecin du travail.

Cet homme de 45 ans, fumeur, utilise pour son travail de la peinture contenant des pigments à base de sulfure de cadmium. La peinture est appliquée au pulvérisateur, aussi lui est-il recommandé de porter un équipement le préservant des projections. Le cadmium est en effet connu pour sa toxicité, notamment rénale.

A cause justement de cette toxicité, le taux sanguin de cadmium de notre peintre est régulièrement dosé et suivi attentivement par le médecin du travail.

D’octobre 2000 à décembre 2003, ce taux se maintient entre 27,6 et 38,3 nmol/l, valeurs tolérables, la limite supérieure généralement admise pour les travailleurs de l’industrie étant de 44,5nmol/l. Mais soudain, en avril 2005, le dosage s’élève, jusqu’à un taux de 52,5 nmol/l. Le peintre est alors placé à un autre poste, hors de toute exposition au cadmium. Malgré cela, 7 semaines plus tard, son taux est encore de 54,3 nmol/l. L’interrogatoire ne relève aucune autre exposition au cadmium.

Sauf que notre peintre est fumeur, 1,5 à 2 paquets par jour, depuis 23 ans, de quoi faire monter son taux sanguin de cadmium, puisque l’on sait que la fumée de cigarette est la principale source de contamination. Et qu’en l’interrogeant plus avant, il se souvient avoir changé de marque de cigarettes quelques mois plus tôt. Il lui est alors demandé de revenir à sa première marque de tabac et de réduire sa consommation à 1 paquet par jour. Douze semaines plus tard, son taux sanguin de cadmium est descendu à 25,8 nmol/l. Il est autorisé à reprendre son poste de travail initial, en utilisant à nouveau de la peinture au cadmium.

Huit semaines après sa réintégration, le taux est de 30,2 nmol/l, toujours inférieur à la limite maximale tolérée pour cette catégorie professionnelle, ce qui permet de conclure que c’était bien le changement de marque de cigarettes et non l’exposition à la peinture qui était à l’origine de la brusque élévation du taux sanguin de cadmium de notre peintre.

La fumée de cigarette est en effet la première source d’exposition au cadmium de la population générale, et les fumeurs ont des taux plusieurs fois supérieurs à ceux des non fumeurs dans le sang, le cortex rénal et le tissu adipeux. Les effets du cadmium sur la santé ne sont pas encore bien connus, mais on sait qu’il est néphrotoxique  et le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) le classe dans le groupe 1 des substances reconnues cancérigènes.

Il a été démontré récemment que, plus que toute autre substance contenue dans les cigarettes, le cadmium varie beaucoup d’une qualité de tabac à l’autre. Les feuilles de tabac absorbent le cadmium contenu dans les sols des plantations plus ou moins pollués, parfois « enrichis » par des épandages de boues d’épuration. Malheureusement, le mélange de tabacs de différentes provenances, au moment de la fabrication des cigarettes, rend difficile toute tentative de traçabilité.

Les fumeurs, et plus encore ceux d’entre eux qui sont professionnellement exposés, peuvent par contre être minutieusement interrogés, y compris sur leur marque préférée de cigarettes. A la recherche du coupable…

Dr Roseline Péluchon

Référence
Martin CJ et coll. : A case report of elevated blood cadmium. Occup Med 2009; aop: 10.1093/occmed/kqn163 ; publication avancée en ligne le 15 janvier 2009

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