« Epidémie » d’irritations cutanées dans un lycée de Saint Quentin : quel est votre diagnostic ?

Saint Quentin, le mercredi 28 janvier 2009 – Le 11 décembre 2006 le lycée Pierre de la Ramée à Saint Quentin était fermé sur ordre du Conseil régional : plusieurs élèves avaient été victimes d’irritations cutanées transitoires. Trois jours plus tard, lors de la réouverture de l’établissement, les mêmes symptômes sont observés chez de nouveaux élèves : les cours sont alors dispensés dans d’autres locaux. Lors de la reprise des enseignements au sein des bâtiments du lycée, en janvier 2007, plusieurs cas sont de nouveaux recensés. Au total, 153 personnes, le plus souvent des élèves de sexe féminin, auront été concernées, avant que la situation ne s’apaise d’elle-même. Une enquête épidémiologique a été lancée dès le 11 décembre 2006 pour déterminer l’origine de cette « épidémie ».

Plusieurs hypothèses ont été successivement écartées : de l’origine infectieuse à l’intoxication alimentaire en passant par l’exposition environnementale. Cette dernière avait rencontré le plus de partisans à l’époque, mais les résultats des mesures de la qualité de l’air s’étaient révélés normaux, seule une insuffisance de ventilation avait été constatée dans certaines salles. De même, une exposition à de fortes concentrations en formaldéhyde n’a pu être retenue, notamment parce que les symptômes observés ne correspondent pas à ce type de contamination et qu’en outre, après le retrait des panneaux de bois suspectés le 13 décembre, les manifestations cutanées avaient persisté.

Des symptômes qui disparaissent au bout de quelques heures

Aussi, l’Institut national de veille sanitaire (InVS) vient-elle de conclure dans un rapport que le phénomène résultait probablement d’un syndrome psychogène collectif. De très nombreux éléments étayent cette thèse et notamment le caractère fugace et bénin des symptômes (qui disparaissaient au bout de quelques heures), leur apparition dans des groupes déterminés (les élèves de la filière médico-sociale) ou encore « la présence de facteurs anxiogènes : la crainte d’une intoxication grave par un produit cancérogène émis par des panneaux de bois ». Les experts de l’InVS relèvent encore que la décision de fermer le bâtiment « a considérablement renforcé la croyance en l’existence d’émanations toxiques dans les locaux (…) et a rendu plus difficile la communication ultérieure ». Ils signalent par ailleurs comment lors de la reprise des cours après les vacances de Noël, les deux classes de terminale SMS avaient été réunies pour un cours dispensé par un professeur ayant présenté des symptômes en décembre : « l’enseignante s’est plainte à nouveau d’irritations cutanées devant ses élèves et l’épisode a redémarré pendant le cours avant de s’étendre à l’établissement ».

Quand la gestion de la crise ajoute à la crise

Face à ce phénomène, et alors que plusieurs autres situations de ce type ont été l’objet d’une grande attention médiatique ces dernières années, telle l’épidémie inexpliquée de « malaises » chez le personnel des blocs opératoires de l’hôpital Nord de Marseille, l’InVS émet une série de recommandations. Elle incite notamment à privilégier une « gestion et une communication rigoureuse », à ne « pas multiplier les prélèvements » et à restreindre les analyses environnementales ayant un lien « avec les symptômes ressentis ». Par ailleurs, elle appelle à « ne pas incriminer d’emblée une cause environnementale » ou encore à « prendre en compte les peurs et les représentations de la collectivité touchée ». De manière générale, l’InVS estime que « cet épisode illustre les limites des approches épidémiologique et environnementale pour l’investigation et l’aide à la gestion des épisodes collectifs présentant des composantes psychogènes ».

Un rapport collectivement dénoncé

Malgré la multiplication de ses recommandations, l’InVS n’ignore pas combien son message sera difficile à entendre. Elle concède en effet : « Ce diagnostic demeure difficilement accepté ». De fait, les réactions se sont multipliées à Saint Quentin pour dénoncer cette conclusion, notamment du côté des parents d’élève. De son côté, la direction départementale des affaires sanitaires et sociales préfère parler de « syndrome des bâtiments malsains » plutôt de d’hystérie collective.

A.H.

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