Un sevrage (tabagique) est préférable pour l’allaitement

L’allaitement maternel connaît un regain de faveur auprès d’une partie de la population. Adopté par la presque totalité des jeunes mères dans les pays du Nord de l’Europe, il ne l’est pourtant que par une femme sur deux à la sortie des maternités françaises, avec de grandes disparités régionales. Encouragé par les autorités sanitaires, inclus dans le Plan National Nutrition Santé  (PNNS 1 et 2), l’allaitement exclusif durant 6 mois est encore rarement obtenu. A peine 5 % des nourrissons français de 4 mois sont encore nourris au sein.

Si les bienfaits sur la santé du nourrisson d’un allaitement prolongé ont été plusieurs fois confirmés, la protection qu’il pourrait conférer contre les allergies respiratoires reste quant à elle controversée. Plusieurs études tendent cependant à démontrer qu’un effet protecteur existe, effet attribué à la présence d’immunomodulateurs  dans le lait maternel et à l’absence de contact avec les allergènes alimentaires à un moment où la barrière intestinale du nourrisson est encore immature.

Une étude récente le démontre une fois de plus, concluant même que l’effet protecteur vis-à-vis des allergies respiratoires persiste jusqu’à l’âge de 5 ans chez les enfants nourris exclusivement au sein pendant au moins 6 mois, avec un risque divisé par plus de 2 par rapport à un allaitement de durée inférieure. Mais à la condition que la mère ne fume pas.

Car l’objectif principal de cette étude n’était pas de confirmer l’effet de l’allaitement vis-à-vis des allergies respiratoires mais plutôt celui d’évaluer la protection apportée par l’allaitement vis-à-vis de ces allergies en cas de tabagisme maternel. Cette enquête, effectuée sur 268 nourrissons, estime que dans ce cas, le risque d’allergie respiratoire est multiplié par 2 lorsque l’allaitement dure moins de 6 mois et plus encore, par 4 lorsque l’allaitement se prolonge au-delà, par rapport aux enfants nourris au sein par une mère non fumeuse. Les auteurs n’ont pas constaté cette différence de risque en fonction de la durée d’allaitement chez les enfants vivant dans un environnement tabagique mais dont la mère ne fume pas. Ils émettent l’hypothèse de la responsabilité d’une exposition particulièrement importante à la fumée ou à l’odeur de tabac au moment de l’allaitement, ou à la transmission par le lait maternel de substances sensibilisantes contenues dans  les cigarettes.

Cette étude ne remet pas du tout en question les bienfaits de l’allaitement sur les terrains autres que celui de l’allergie respiratoire. Et même sur ce terrain, les auteurs préconisent la réalisation d’autres enquêtes avant de formuler des recommandations à partir de leurs propres conclusions.

D’ici là, les bienfaits avérés de l’allaitement maternel nécessitent que soient poursuivies les mesures visant à le promouvoir et justifient sans doute aussi un renforcement de l’incitation au sevrage tabagique des jeunes mères.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Guedes HTV et coll. : Exposure to maternal smoking in teh first year of life interferes in breast-feeding protective effect again the onset of respiratory allergy from birth to 5yr. Pediatric Allergy and Immunology 2009; 20(1): 30-4

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