La charge allélique en mutation V 617 F sur JAK 2 demeure stable sur plusieurs années au cours des syndromes myéloprolifératifs

La mutation V 617 F sur la tyrosine kinase JAK 2, décrite par plusieurs équipes, affecte environ 95 % des cas de polyglobulies de Vaquez (PV) et 50 % des cas de Thrombocytémies Essentielles (TE). Plus récemment des mutations au niveau de l’exon 12 de JAK 2 ont été également retrouvées dans les cas de PV ne présentant pas la mutation V 617 F sur JAK 2.  Dans cet article Theocharides et al rapportent les résultats d’une étude rétrospective monocentrique concernant l’évolution de l’expression de la mutation V 617 F sur JAK 2 au cours du temps chez des patients porteurs de PV ou de TE.

La recherche des mutations sur JAK 2 a été réalisée par une technique sensible de PCR allèle spécifique à partir des granulocytes purifiés du sang périphérique. Quarente-huit patients ont pu être inclus dans l’étude : il s’agissait de 33 patients ayant une PV,  dont 30 ayant la mutation V 617F sur JAK 2 et 3 une mutation au niveau de l’exon 12, et par ailleurs de 15 patients ayant une TE.  Comme attendu, la charge allélique V 671 F sur JAK 2 était plus importante chez les patients ayant une PV par rapport à ceux ayant une TE (63 ± 25 % versus 23 ± 15 % ; p < 0,005). La charge allélique des mutations sur l’exon 12 était plus faible (21,3 % en moyenne).  Ces patients (n = 3) ont été par la suite exclus de l’étude séquentielle. Signalons aussi que 3 cas de négativation de la mutation V 617 F sur JAK 2 ont été observés : 1 cas transformé en myélofibrose et traité efficacement par une greffe de cellules souches, 1 cas de PV transformée en leucémie aiguë myéloblastique et enfin 1 cas de TE traitée par interféron alpha 2 a.

De façon intéressante, chez les patients sans traitement cytoréducteur (n = 18), la charge allélique en mutation V 617 F sur JAK 2 était remarquablement stable, ne présentant une différentielle  que de 9 %, sur un délai médian d’observation de 36 ± 13 mois. Lorsque la mesure de la charge allélique a été effectuée au cours de l’induction du traitement cytoréducteur (par hydroxyurée) (n = 6), l’on notait une décroissance de la charge allélique, au cours des six premiers mois de traitement dans 5/6 cas. Par contre, chez les patient traités au long cours par agent cytoréducteur (le plus souvent hydroxyurée), (n = 14) depuis une durée médiane de 90 ± 54 mois, la charge allélique de la mutation V 617 F sur JAK 2 était là encore stable, avec une différentielle de 3 % sur un délai d’observation de 34 ± 16 mois.

Cette étude suggère que l’amplification du clone reflétée par la charge allélique de la mutation  V 671 F sur JAK 2 survient avant l’apparition des signes cliniques et biologiques  qui permettent le diagnostic de PV ou de TE et que celle-ci reste stable sur plusieurs années (au moins sur une médiane de 3 ans selon cette étude). De même, après l’instauration du traitement cytoréducteur, lorsque l’état de maintenance est obtenu, cette charge allélique reste également stable (au moins sur une durée médiane de 3 ans). La même étude sur le long terme reste à entreprendre de même que par rapport à l’utilisation d’autres traitements cytoréducteurs comme l’anagrélide. Au plan pratique, lorsque cela n’a pas été possible au diagnostic , cette étude permet d’envisager chez les patients n’ayant pas reçu de traitement cytoréducteur la recherche de la  mutation V 617 F sur JAK2 à distance du diagnostic laquelle sera alors tout aussi informative.

Dr Sylvia Bellucci

Références
Theocharides A et coll :The allele burden of JAK 2 mutations remains stable over several years in patients with myeloproliferatve disorders. Haematologico, 2008 ; 93 : 1890-1893.

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