IPP par voie intraveineuse, tournée générale !

Jusqu’à présent les indications des inhibiteurs de la pompe à proton (IPP-IV) par voie intraveineuse concernaient l’impossibilité de recourir à la voie orale.
Leur utilisation a largement dépassé ce champ d’indication très vague et les IPP-IV sont employés, en accord avec les recommandations de bon usage de l’Afssaps ( http://agmed.sante.gouv.fr/pdf/5/rbp/antisecretoire-gastrique-reco.pdf), après l’évaluation endoscopique des patients ayant fait une hémorragie digestive haute d’origine ulcéreuse (HDHU) et ayant des signes endoscopiques de gravité.

Ils sont d’autre part de plus en plus souvent prescrits avant même la réalisation d’une endoscopie en cas de suspicion d’HDHU, ou en prévention des lésions de stress, bien que hors recommandation officielle et avec un niveau de preuve très faible.

Cette étude canadienne avait comme objectif d’apprécier l’utilisation des IPP, ici le pantoprazole, au cours de deux périodes l’une où l’emploi en était limité aux seuls services de gastroentérologie et l’autre où les restrictions de prescription avaient été levées.

Elle a porté sur les patients ayant reçu un IPP-IV dans des centres hospitaliers tertiaires, et le paramètre analysé était la proportion de malades ayant bénéficié de ce traitement pour une autre indication que l’HDHU.

Lors de la première période, il y a eu 218 prescriptions d’IPP-IV chez 217 patients (67 % d’hommes) et dans la seconde 613 prescriptions pour 516 patients (65 % d’hommes, P = 0,61). Quatre-vingt-treize pour cent des 217 patients de la première période ont reçu un IPP-IV pour une HDHU alors que cette proportion est tombée à 56 % pour les 516 patients (P < 0,0001) de la seconde période, parmi lesquels 18 % ont eu un IPP-IV parce qu’ils étaient à jeun et 13 % parce qu’ils souffraient de douleurs abdominales.

Cent cinquante-trois malades du premier groupe (70 %) avaient effectivement bénéficié auparavant d’une gastroscopie (et 84 d’entre eux étaient déjà sous IPP-IV à ce moment) contre seulement 275 (45 %) des sujets du groupe de la seconde période (dont 253 soit 92 % sous IPP-IV au moment de l’endoscopie).

Cette étude confirme une augmentation de l’utilisation des IPP-IV, même si elle pèche par l’absence de données sur le nombre total d’hospitalisations au cours des périodes étudiées.

Elle montre surtout une progression en flèche du recours aux IPP-IV avant l’endoscopie et chez des patients n’ayant pas de signe de gravité, ce qui pourrait bien entendu être en partie expliqué par une diminution de la sévérité des lésions du fait de l’utilisation des IPP avant l’endoscopie.
Néanmoins elle souligne le besoin de rationaliser l’utilisation des IPP par voie intraveineuse dans la plupart des centres hospitaliers.

Pr Marc Bardou

Référence
Law J K et coll. : Intravenous proton pump inhibition utilization and prescribing patterns escalation: a comparison between early and current trends in use. Gastrointestinal Endoscopy 2009; 69: 3-9

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