Dépression chez les seniors : des croyances battues en brèche

La dépression est une pathologie commune en géronto-psychiatrie. Pourtant, peu d’études épidémiologiques ont réellement précisé sa fréquence en fonction de la présence ou de l’absence d’antécédents dépressifs chez les patients âgés. C’est justement le propos d’une recherche néerlandaise publiée dans Archives of General Psychiatry. Une population de 5 653 personnes (âgées de 56 ans ou plus) a été suivie entre 1993 et 2005, avec exclusion des patients de la cohorte s’ils présentaient une pathologie de nature démentielle. Au cours d’un suivi moyen de 8 ans, 566 syndromes dépressifs (au sens de la « dépression majeure » du DSM-IV) et 1 073 épisodes « cliniquement évocateurs de symptômes dépressifs » ont été recensés.

Contrairement à une idée reçue, prêtant aux femmes une plus forte morbidité en la matière, le taux de dépressions s’est révélé identique chez les femmes et chez les hommes : la dépression du sujet âgé semble moins dépendante du sexe (less sex related).

Une autre croyance est battue en brèche : la fréquence des dépressions chez les personnes âgées demeure globalement faible, puisqu’elle s’avère de l’ordre de 7 pour 1 000 « personnes-années » (comme on évoque ailleurs des « kilomètres-voyageurs ») avec un taux de récidive de l’ordre de 28 pour 1000 personnes-années. Ces taux doublent cependant quand on inclut dans les statistiques des syndromes dépressifs patents, tous les symptômes « cliniquement évocateurs ».

Et sans surprise « la plupart des dépressions de fin de vie surviennent chez des personnes ayant déjà connu un passé dépressif ».

Dans un contexte différent (celui de l’accroissement des divergences en matière cognitive ou économique, notamment), on parlerait du principe à la base des cercles vicieux (ou vertueux), le célèbre « effet Matthieu ». Qualifié en référence à l’Évangile selon Matthieu : « À celui qui a déjà, il sera beaucoup donné ».

La dépression fait ainsi le lit de sa résurgence ultérieure ; et inversement, l’absence d’antécédent dépressif est une bonne assurance contre son apparition tardive.

Dr Alain Cohen

Référence
Luijendijk HJ et coll. : Incidence and recurrence of late-life depression. Arch Gen Psychiatry 2008 ; 65-12 : 1394-1401.

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