Frein de langue court : quelle prise en charge ?

B. MICHEL (1), G. COULY (1), A. KADDOUR BRAHIM (2)

1 Service de chirurgie maxillofaciale et stomatologie, Hôpital Necker-Enfants-Malades, Paris
2 Service de chirurgie maxillofaciale et stomatologie, Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris

 

Le sujet est controversé en raison d’une absence de consensus sur la définition anatomique, la fréquence, l’indication opératoire, l’âge opératoire ou la technique opératoire. Le frein lingual court est une anomalie fréquente : l’étude de la littérature permet d’évaluer son incidence autour de 5 %, avec un sex-ratio garçon/fille d’environ 2 pour 1. Cette fréquence très variable selon les séries est probablement liée directement à l’absence de définition précise de cette pathologie.

Définition du frein de langue court

Chez le nouveau-né/nourrisson, l’anomalie se manifeste par une impossibilité de sortir la pointe de langue de plus de 1 à 2 mm audelà de la crête alvéolaire. Chez l’enfant, elle se manifeste par l’impossibilité de sortir la pointe de langue de la cavité buccale, de mettre la pointe de langue sur la papille palatine en position de repos, l’impossibilité de toucher les commissures labiales avec la pointe de langue ou de faire claquer la langue sur le palais (figures 1).

 

  Figures 1.
Frein lingual court et fibreux chez un enfant de 8 ans. Ce frein n’est responsable d’aucun trouble phonatoire.



Indépendamment de la longueur, il est important de préciser la nature du frein : fin transparent (pellucide) ou épais opaque (harnais fibreux). Il est à noter que les freins courts pellucides s’allongent spontanément dans les premières années de vie (figure 2).

 

Figure 2.
Frein lingual modérément court et pellucide chez un
nouveau-né. Noter la transparence du frein.
 



Les freins courts pellucides s’allongent spontanément dans les premières années de vie.

Des essais de standardisation ont été proposés par l’utilisation d’outils de mesure de la fonction linguale (Hazelbaker assessment tool for frenulum function), dont la fiabilité reste cependant discutée.

Retentissement fonctionnel

Le frein lingual court a depuis longtemps été incriminé dans les difficultés d’allaitement maternel. Cela est confirmé par la littérature où l’on ne retrouve cependant ce type de difficultés dans cette population que dans 20 à 50 % des cas. La succion semblerait moins efficace (augmentation de la durée des tétées, prise de poids insuffisante), mais serait surtout responsable de douleurs mammaires. Indépendamment des problèmes d’allaitement, le frein lingual court peut être responsable, plus tard, d’autres troubles fonctionnels :

• troubles d’élocution, en particulier sur les consonnes palatales, même si de nombreux enfants présentant un frein lingual court ont une élocution correcte ;

• trouble de la statique et des praxies linguales avec retentissement sur le positionnement dentaire ou la croissance maxillo-mandibulaire, même si ce retentissement n’a pas fait l’objet d’étude précise ;

• La gêne sociale est constante, même si son retentissement est vécu très différemment d’un individu à un autre : l’impossibilité de tirer la langue peut empêcher de jouer d’un instrument à vent, de lécher une glace, d’embrasser…

Les difficultés d’allaitement maternel ne sont retrouvées que dans 20 à 50 % de cas de frein lingual court.

 

Indications opératoires

Frein lingual court pellucide

 

  Figures 3.
Frein lingual court et fibreux chez le même
enfant (figure 1) : photos peropératoires avant la plastie
(a), pendant (b) et après la plastie d’allongement (c).

L’allongement spontané est la règle, rendant le plus souvent toute intervention inutile. En cas de difficultés d’allaitement au sein, certains auteurs recommandent la réalisation, chez le nouveau-né, d’un geste de freinotomie sans anesthésie (simple section du frein à l’aide d’une paire de ciseau). Selon les études, ce geste semble apporter une amélioration de la succion dans 60 à 95 % des cas. Il est à noter cependant que ce geste invasif présente un risque hémorragique certain en raison de la proximité des veines ranines (au moins un cas de décès rapporté après cette procédure).

Frein lingual court et épais

Un geste chirurgical d’allongement est à prévoir. La technique opératoire consiste en la réalisation d’une plastie dérivée du VY (horizontal to vertical frenuloplasty des Anglo-Saxons) ou d’une plastie en Z (unique ou multiple) avec suture. On évitera la simple section du frein qui peut conduire à une récidive (figures 3).

Selon l’âge, on distinguera deux cas :

• en cas de brièveté du frein importante, un geste d’allongement du frein sous anesthésie générale est à réaliser après l’âge de 1 an, car il permet de réduire le risque lié à une anesthésie générale chez le plus petit ;

• en cas de brièveté modérée, il est préférable d’attendre que l’enfant soit plus âgé pour réaliser le geste sous anesthésie locale (même technique que sous anesthésie générale). Ce geste est généralement réalisable vers 7- 8 ans en fonction du degré de coopération de l’enfant. En cas de retentissement sur les arcades dentaires ou sur la phonation, la décision d’un geste plus précoce sous anesthésie générale peut être prise en fonction de l’avis de l’orthophoniste. Une rééducation orthophonique sera à poursuivre en période postopératoire, associée à des exercices de protraction linguale (figure 4).

L’allongement du frein de la langue sous AG ne doit être réalisé qu’après l’âge de 1 an.

 

 Figure 4.
Résultat d’une plastie linguale d’allongement 2 mois après l’intervention.



Conclusion

Même s’il n’y a pas d’urgence à intervenir (sauf éventuellement en cas de difficulté d’allaitement, mais cette indication reste discutable), l’avis d’un spécialiste est préférable après l’âge de 1 an, pour décision du geste sous anesthésie générale ou ultérieurement sous anesthésie locale. Il faut toujours privilégier, si possible, un geste sous anesthésie locale à un geste sous anesthésie générale.

Pour en savoir plus

• Ballard JL et al. Ankyloglossia: incidence and associated feeding difficulties. Pediatrics 2002 ; 110, e63.
• Dunn PM. Tongue-tie and infant feeding. Arch Dis Child 2006 ; 91 : 1042.
• Hall DMB et al. Tongue tie. Arch Dis Child 2005 ; 90 : 1211-5.
• Heller J et al. Improved ankyloglossia correction with four-flap Z-frenuloplasty. Plast Surg 2005 : 54(6) : 623-8.
• Messner AH et al. Ankyloglossia: controversies in management. Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2000 ; 54 : 123-31.
• Messner AH et al. Incidence and associated feeding difficulties. Arch Otolaryngol Head Neck Surg 2000 ; 126 : 36-9.
• Wallace H et al. Tongue tie division in infants with breast feeding difficulties Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2006 ; 70(7) : 1257-61.
• Warden PJ. Ankyloglossia: a review of the literature. Gen Dent 1991 ; 39 : 252-3.
• Wilson-Clay B. Prejudice against test weighing, like tongue-tie division, should be reassessed. Arch Dis Child 2006 ; 91 : 1042. • Wright JE. Tongue-tie. J Peadiatr Child Health 1995 ; 31(4) : 276-8.

Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, janvier 2009

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