Numerus clausus : on prend les mêmes erreurs et on recommence

Paris, le mardi 3 mars 2009 – La gestion de la démographie des professionnels de santé ne semble décidemment pas le fort de nos pouvoirs publics. Après avoir fixé pendant des années le numerus clausus des futurs médecins à un niveau très bas, tendance dont les conséquences commencent à se faire sentir aujourd’hui, ils rivalisent d’hésitation quant à la tactique à adopter pour les pharmaciens et semblent de nouveau tentés par l’immobilisme. En effet, alors que le ministre de la Santé avait fait part de sa volonté de porter le numerus clausus des pharmaciens aujourd’hui à 3 090 à 3 300 d’ici 2012, il n’existera en 2009 aucune augmentation par rapport à l’année dernière. Cette décision est d’autant plus difficile à comprendre, qu’outre le soutien du ministre, cette mesure bénéficiait de la mise à disposition des moyens nécessaires. Pour le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP), Jean Parrot, cette stagnation ne peut manquer d’être inquiétante. De nombreux indicateurs incitent en effet dès aujourd’hui à une élévation du numerus clausus. La démographie actuelle des pharmaciens est le premier d’entre eux : pour la première fois entre 2007 et 2008, le nombre de pharmaciens titulaires d’officine a connu une très légère diminution (0,009 %). Par ailleurs, le vieillissement de ces professionnels a été dûment constaté par une enquête publiée l’année dernière par l’Ordre : « L’âge moyen qui était de 41 ans et 8 mois au 1er janvier 1994 est passé à 45 ans et 7 mois » relevait cette étude. Par ailleurs, Jean Parrot souligne que « pour diverses raisons, beaucoup de diplômés n’exerceront pas la pharmacie » et qu’en outre, les besoins risquent de s’amplifier dans l’avenir à la faveur de la diversification des tâches dévolues à l’officine de « l’éducation pour la santé » aux « aides à la personne pour favoriser le maintien à domicile » en passant par l’accompagnent des patients atteints de maladie chronique. Jean Parrot qui considère au regard de cette situation la stagnation du numerus clausus comme tout à fait « insuffisante » assure d’ailleurs que les conséquences du faible renouvellement des pharmaciens d’officine s’observent déjà. « Faute de candidat à embaucher, des confrères titulaires d’officine ne peuvent respecter l’obligation d’effectif liée à leur chiffre d’affaires » note-t-il en effet. A ces inquiétudes liées à leur propre démographie, s’ajoutent celles liées à l’avenir de la démographie médicale qui a soufflé la semaine dernière à Jean-Luc Audhoui, trésorier du CNOP, interviewé par le Quotidien du pharmacien la suggestion suivante : que soient appliquées à tous les professionnels de santé les mêmes règles d’installation que celles qui s’imposent aux pharmaciens !

A.H.

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Vos réactions (1)

  • L'hypocrisie de la prévention à tout prix

    Le 03 mars 2009

    Il serait temps que les journalistes "spécialisés" relisent leurs classiques concernant le numerus clausus ! Institué par une ministre de la santé célèbre pour avoir entre autre tenté de stabiliser les dépenses des hôpitaux par la création du budget global, ce numerus clausus a été lancé pour réduire l'offre médicale, et donc la consommation, avec l'ambition clairement affichée de réduire drastiquement le nombre de médecins . Les syndicats, les autorités de toute sorte ont applaudi à cette mesure âgée de plus de 20 ans ! Le résultat est là, il va aboutir à une diminution de la consommation du fait des attentes, de la difficulté à trouver un médecin disponible, hors cas d'urgence encore assez bien assurée.
    C'est ce que voulait le politique, alors assez de jérémiades superficielles, l'augmentation annoncée n'est que minime tentant de rétablir l'équilibre dans notre pays sans réflexion véritable sur la coexistence d'un système libéral pur et d'une prise en charge semi publique ! Ou bien on s'oriente vers une véritable organisation concurrentielle type commerciale ou bien il faut réfléchir à une organisation permettant un bon accès des soins à tous.
    Une politique de santé nécessite une prévision à long terme, on connaît les grandes lignes de l'évolution de l'age de la population et les progrès médicaux. Réfléchissons à l'hypocrisie de la prévention à tout prix et à tout age alors que des personnes jeunes et actives risquent parfois de ne pas avoir accès à certains soins !

    Michel Durigon, Professeur de médecine

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