En cas de pandémie grippale, l’éthique aussi devra être bien soignée

Paris, le mardi 10 mars 2009 – Depuis l’élaboration des premiers plans nationaux de lutte contre une éventuelle pandémie grippale, la préservation des principes éthiques fondamentaux de nos sociétés, que sont la justice et l’égalité, face à une telle crise, est l’objet d’interrogations. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) saisi sur ce point par l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) s’est récemment penché sur la question et a formulé en la matière plusieurs recommandations.

Justice égalitariste

L’institution a tout d’abord énuméré les différentes questions « éthiques » posées en cas de pandémie grippale : « Faut-il subordonner les libertés individuelles à d’autres valeurs plus ajustées à l’efficacité de la stratégie de lutte contre ce fléau sanitaire ? Jusqu’où une limitation aux allées et venues des personnes peut-elle être imposée ? A quelle condition notre société pourrait-elle accepter que certains de ses membres soient prioritairement vaccinés dans la phase de pénurie vaccinale ? ». Puis, le comité est revenu sur les différents principes qui pourraient être menacés par la pandémie grippale et les mesures nécessairement mises en œuvre pour l’endiguer. Ainsi, soulignant que le « principe de justice » peut s’appréhender soit comme un « égalitarisme », ce qui suppose que les pouvoirs publics veillent prioritairement sur ceux souffrant de « conditions d’existence précaires », soit comme la garantie de « l’équité » ce qui revient à assurer à l’ensemble de la collectivité une bonne qualité de vie, le CCNE juge que c’est l’égalitarisme qui doit primer dans l’élaboration d’un plan contre une pandémie grippale. « Le Comité estime qu’il faudrait que le plan de lutte contre un tel fléau sanitaire prenne appui sur l’exigence de justice au sens égalitariste du terme, en le pondérant par la nécessité provisoire d’une priorisation des ressources », écrivent les sages. A titre d’exemple des implications d’une telle philosophie, le Comité d’éthique relève l’importance de réfléchir aux bénéfices individuels de certaines mesures, telle la fermeture des écoles et de prendre notamment en compte les difficultés spécifiques posées par ce dispositif aux familles « monoparentales et/ou à faibles revenus ». De même, il signale l’urgence de réfléchir à des « mesures particulières » à l’intention des détenus. En outre, pour le CCNE, cette justice « égalitariste » doit non seulement s’appliquer à l’intérieur des états mais également dans le cadre des relations internationales. Il revient ainsi sur la nécessité pour les pays les plus riches d’aider en amont les plus pauvres à se préparer contre une éventuelle pandémie et remarque que : « le partage des stocks de médicaments antiviraux avec les pays pauvres, que prescrit le devoir d’assistance, pourrait aussi contribuer à réduire la sévérité de l’épidémie dans les pays donateurs ».

Liberté, j’écris ton nom

Au-delà de la justice, le CCNE se fait gardien de la liberté. Une pandémie brutale entraînerait nécessairement la proclamation de l’état d’urgence, qui provoquerait notamment « la réquisition ou le confinement de certaines catégories de citoyens ou des restrictions à la circulation ». Si le comité ne peut que reconnaître le caractère essentiel d’un tel dispositif en cas de crise, il tient à mettre immédiatement en garde contre une « conception maximaliste du principe de précaution » qui se manifesterait par un élargissement inutile de l’état d’urgence et rappelle que « l’état d’urgence sanitaire ne dispense pas du respect de la vie privée des personnes et de la confidentialité des informations relatives à leur santé ».

Qui vacciner d’abord ?

Enfin, le CCNE ne pouvait faire l’économie d’une réflexion sur la vaccination. D’emblée, il observe que la garantie de leur autonomie aux individus, en vertu de laquelle, par exemple, ils peuvent refuser une vaccination pourra être légitimement affectée. « Dans une pandémie grippale, une autonomie mal comprise qui se traduirait par un refus de soin, dont l’effet serait de favoriser la propagation de la maladie, serait difficilement acceptable par l’ensemble du corps social. Elle devrait s’effacer au nom de l’exigence de solidarité », écrivent-ils. Puis, évoquant la détermination des personnes devant bénéficier d’une vaccination prioritaire, le CCNE met en évidence le caractère contre-productif d’une stratégie visant d’abord à protéger les plus fragiles au regard de la menace (personnes âgées, nourrisson) ou d’un dispositif où seraient d’abord concernées les personnes présentant la meilleure espérance de vie en bonne santé (les enfants). Il souligne par ailleurs qu’un « tirage au sort », tel qu’il peu exister dans le cadre du don d’organe se révélerait sans doute insatisfaisant et inacceptable pour la population. En tout état de cause, le CCNE souligne combien sera fondamentale la qualité de la communication sur cette question qu’il ne tranche pas : « Chacun devra être convaincu que c’est sans favoritisme mais uniquement dans le souci de limiter l’extension de la pandémie que la puissance publique agit », écrivent les sages, qui réitèrent cette même prière lorsqu’ils abordent la question de la vaccination, reconnue comme dûment prioritaire pour sa part, des personnels de santé. La nécessité d’une meilleure information et communication est d’ailleurs au cœur des recommandations du CCNE, qui invite également les pouvoirs publics à « une évaluation approfondie (…) de l’impact d’une pandémie grippale sur le système de soins hospitaliers ». En guise de conclusion, les sages déclarent : « Le contexte, quel qu’il soit, ne peut modifier les valeurs éthiques. La situation d’urgence contraint seulement à les hiérarchiser provisoirement ».

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • En cas de pandémie grippale, l'éthique ...

    Le 10 mars 2009

    Les états d'âme, c'est bien beau mais il me parait plus important de prévoir un plan de protection vaccinale généralisé, impossible à mettre en œuvre actuellement en raison de la faible production de doses vaccinales et du mode de vaccination utilisé (sc ou im). La Société Française de Mésothérapie ne cesse depuis 20 ans de préconiser la vaccination au 1/10° de la dose et en intradermique. Sanofi Pasteur annonce enfin la sortie prochaine d'un vaccin microdosé et intradermique! C'est le seul moyen de vacciner la population entière, et de façon beaucoup plus efficace.
    Tout le reste n'est que littérature.

    Dr Jean Pierre Multedo, Maître de Stage de la SFM, auteur de nombreuses publications sur ce sujet.

Réagir à cet article