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Transplantation rénale : le triomphe de l’échangisme

Publié le 16/03/2009 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Dans tous les pays où la transplantation est une pratique médicale courante, l’écueil principal est la pénurie d’organes. Ainsi, aux Etats-Unis, 40 000 personnes sont en attente d’un rein. Pour réduire la durée d’inscription sur la liste d’attente, la pratique de transplantations à partir de donneurs vivants a été développée principalement dans les pays anglo-saxons où elle représente dans certains cas près de la moitié des transplantations. 

Mais les patients en attente d’une greffe ayant un proche acceptant de donner un rein se trouvent bien souvent confrontés à un obstacle qui peut paraître infranchissable, celui de l’incompatibilité des groupes HLA, des groupes ABO ou des deux.

Depuis plus de 20 ans, une stratégie simple pour contourner cette difficulté majeure a été mise en œuvre notamment aux Etats-Unis. Elle consiste à réaliser un « échange » entre deux couples de donneur-receveur incompatibles. Le donneur du premier couple donne ainsi son rein au receveur du deuxième couple, et le donneur du deuxième donne le sien au receveur du premier. Cette méthode, qui nécessite l’enregistrement des couples dans de grands registres nationaux permet une augmentation du nombre de transplantations mais pose plusieurs problèmes :

- Pour les deux transplantations, donneurs et receveurs doivent être compatibles simultanément. Afin d’obtenir les conditions de cette réciprocité relativement rare, il faut parfois se contenter de compatibilités « moyennes ».
- Si le donneur 1 a donné son rein au receveur 2, le donneur 2 peut très bien refuser de donner le sien au receveur 1, mettant ainsi à mal la « transaction » et lésant définitivement le premier couple composé alors d’un receveur toujours malade, et d’un donneur qui n’a désormais plus rien à donner. Dans cet échange de reins entre deux couples, les deux transplantations doivent donc être impérativement programmées le même jour.
- Enfin, on rappellera que le prélèvement d’organe sur donneur vivant non apparenté est interdit en France, toutes ces stratégies restent donc pour nous des constructions intellectuelles virtuelles.

Il prend l’avion pour donner son rein à un inconnu

Une nouvelle stratégie révolutionnaire en bien des points, permet d’améliorer encore l’efficacité de la transplantation à partir de donneurs vivants non apparentés : l’initiation et l’organisation d’une chaîne de transplantations non simultanées de donneurs « altruistes » répondant à l’acronyme NEAD (pour Nonsimultaneous Extended Altruistic Donor chain).

Tout commence par l’arrivée d’un nouveau rein proposé par un donneur altruiste, c'est-à-dire, un sujet offrant un rein sans avoir de receveur désigné, bref, un bon samaritain. Ce nouveau rein est alors donné au receveur d’un premier « couple » dont le donneur, pour perpétuer cette chaîne de dons de reins altruistes, va offrir son rein au couple 2 (dont le receveur est plus compatible que celui qui aurait été trouvé par un échange entre deux couples). Le donneur du couple 2 donnera ensuite son rein au receveur 3 et ainsi de suite jusqu’à ce que le rein d’un couple soit transplanté à un receveur qui n’a pas de proche acceptant de donner un rein. La chaîne commence donc par un donneur sans receveur et se termine par un receveur sans donneur. Les avantages en sont sensibles :

- Le nombre de transplantations permises est plus élevé que dans l’échange entre deux couples ;
- Les compatibilités sont meilleures car il n’y a plus de contrainte de réciprocité ;
- Si il y a défection d’un des donneurs, le couple suivant n’est pas définitivement lésé, il pourra rentrer dans une nouvelle chaîne. Les transplantations ne sont donc pas forcément simultanées.

Les reins de donneurs altruistes, jusqu’alors destinés (aux Etats-Unis), dans un souci d’équité, aux receveurs qui n’ont pas de donneur, peuvent donc maintenant enclencher de formidables chaînes de transplantations qui augmentent à la fois le nombre et la qualité des greffes réalisées.

Cette nouvelle stratégie est présentée par Michael Rees et coll. du service d’urologie de Toledo (Ohio) à travers l’exemple d’une chaîne de 10 transplantations réalisées aux Etats-Unis entre 2007 et 2008 (voir schéma).

 

 

Tout débute par un homme de 28 ans du Michigan s’étant inscrit comme donneur altruiste. Ce bon samaritain s’est rendu à Phenix (Arizona) pour y subir une néphrectomie permettant de greffer une femme de 53 ans. Le mari de celle-ci, qui était volontaire pour un don à son épouse, mais incompatible, a pris l’avion une semaine plus tard pour Toledo (Ohio) où il a donné son rein à une femme de 32 ans et ainsi de suite jusqu’à une 10ème transplantation en mars 2008 qui a clos provisoirement cette chaîne.    

On peut penser que de tels résultats pourront faire pencher la balance en faveur d’une modification de la législation française sur les donneurs vivants non apparentés qui seule permettrait de développer cette stratégie aussi originale qu’efficace.   
 
Illustration : Saint Martin, premier donneur altruiste



Alexandre Haroche


Rees M et coll. : A nonsimultaneous, extended, altruistic-donnor chain. N Engl J Med 2009; 360: 1096-1101.



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