L’insomnie, c’est quasiment sans espoir

La prévalence de l’insomnie est élevée au sein de la population générale. La pharmacothérapie de ce syndrome complexe est loin d’être optimale et la classe des hypnogènes n’est pas une des plus riches. Ceci étant, les autres interventions non pharmacologiques sont difficiles à mettre en œuvre dans le long terme. Les mesures hygiéno-diététiques et les thérapies les plus diverses ont une efficacité limitée et/ou ou temporaire De plus, force est de reconnaître que l’insomnie est un syndrome complexe et multifactoriel. Les informations sur son histoire naturelle sont fort peu nombreuses. A ce titre, que deviennent les épisodes d’insomnie à court, moyen ou long terme ? Les souffrances de l’insomniaque sont-elles intermittentes ou durables, revenant chaque nuit comme une malédiction ?

C’est à cette question que répond une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 388 sujets adultes (âge moyen, 44,8+/13,9 ans ; 61 % de femmes). Des questionnaires standardisés portant sur le couple sommeil/insomnie ont été systématiquement remplis chaque année pendant trois années consécutives qui correspondent à la durée du suivi. A chaque évaluation, trois groupes ont été constitués au moyen d’un algorithme reposant sur des critères standardisés : syndrome (groupe 1) ou  symptômes d’insomnie (groupe 2), absence de troubles du sommeil (groupe 3). Au sein de la population étudiée, 74 % des participants souffraient d’insomnie depuis au moins un an et, dans 46 % des cas, celle-ci a été rapportée pendant les trois années du suivi.

L’insomnie s’est montrée particulièrement tenace dans les formes jugées sévères dès le début de l’étude, chez les femmes et les sujets âgés. Cependant, le taux de rémission a été estimé à 54 % et le taux de rechutes à 27 %. Ces rémissions ont été plus de trois fois plus fréquentes dans les formes initialement peu symptomatiques, en fait « infra-syndromiques », qui n’ont pas évolué vers le syndrome complet. Ceux que Morphée fuit le plus sont appelés à converser leur statut d’insomniaque à long terme, les rémissions n’étant pas leur lot. L’insomnie, une chienne de l’enfer qui ne lâche pas sa proie.

Dr Philippe Tellier

Référence
Morin CM et coll. : The Natural History of Insomnia A Population-Based 3-Year Longitudinal Study. Arch Intern Med. 2009; 169: 447-453.

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