Le mariage des enfants : une plaie !

Le mariage des jeunes filles de moins de 18 ans est une tradition qui perdure dans de très nombreux pays du monde. Ces mariages précoces, qui sont bien souvent des mariages forcés, ont des conséquences sociales, culturelles, psychologiques et médicales délétères. Pour les combattre, les autorités de beaucoup de pays en développement ont progressivement élevé l’âge légal du mariage pour les filles. C’est ainsi qu’en Inde celui-ci est passé de 12 ans en 1929 (ce qui était un progrès à l’époque !) à 18 ans depuis 1978.

Mais malgré cette interdiction la pratique des mariages précoces est encore très largement répandue en Inde.

Une équipe indo-américaine a cherché à mesurer le phénomène dans l’Inde actuelle et à évaluer certaines de ses conséquences médicales. Anita Raj et coll. ont interrogé un échantillon de 22 807 femmes de 20 à 24 ans représentatif de la population du pays. Parmi ces jeunes femmes 14 813 étaient ou avaient été mariées. Sur ce groupe de femmes mariées, 44,5 % l’avaient été avant 18 ans, 22,6 % avant 16 ans et 2,6 % avant 13 ans. Sur le plan socio-démographique, comme on pouvait s’y attendre, les mariages précoces étaient plus fréquents lorsque la jeune fille n’avait pas été à l’école secondaire, habitait en zone rurale, faisait partie des tranches de la population les plus pauvres, dont le mari avait un faible niveau d’éducation ou pour lesquels la différence d’âge avec le mari était la plus grande.

Des stérilisations avant 18 ans !

En terme de santé reproductive, les mariages précoces sont apparus corrélés à l’absence de contraception avant le premier enfant (odd ratio [OR] ajusté : 1,37), à la naissance de 3 enfants ou plus (OR : 7,40), à des intervalles entre deux naissances inférieurs à 24 mois (OR : 3), à des grossesses non désirées multiples (OR : 2,36), à des interruptions de grossesses quelle qu’en soit la cause (OR : 1,48) et à une stérilisation féminine (OR : 6,68). Sur ce dernier point, il n’est pas inutile de souligner que 19,5 % des jeunes femmes mariées dans l’enfance avaient été stérilisées (contre 4,6 % des femmes mariées après l’âge de 18 ans) et que cette stérilisation avait été pratiquée avant l’âge de 18 ans dans 9,7 % des cas !

Si cette étude révèle une diminution de 5 % des mariages d’enfants en Inde depuis 10 ans, elle démontre également que l’interdiction légale est loin d’être une barrière suffisante. La lutte contre les mariages d’enfant, qui passe par des changements culturels et économiques majeurs, doit donc demeurer une priorité dans ce pays (comme dans d’autres états en développement). Au-delà de ce combat, pour les auteurs, il faut mettre à la disposition de ces jeunes ou très jeunes épouses des structures de planning familial adaptées pour limiter, chez celles qui demeurent victimes de cette pratique, les risques liés aux grossesses et aux interruptions de grossesses multiples à l’adolescence ou la préadolescence et la prévalence des stérilisations avant l’âge adulte. 

Dr Nicolas Chabert

Référence
Raj A et coll. : Prevalence of child marriage and its effect on fertility and fertility-control outcomes of young women in India : a cross-sectionnal, observational study. Lancet 2009; publication avancée en ligne le 10 mars 2009 (DOI: 10.1016/S0140-6736(09)60246-4).

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