Contrer les troubles de l’alimentation

« Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » affirme l’Avare de Molière, pour stigmatiser les dépenses incompressibles de la vie quotidienne. Bien qu’une sordide parcimonie guide en fait Harpagon, sa formule paraît nourrie des meilleurs sentiments : en reléguant la nutrition à une simple nécessité vitale, loin d’une finalité de l’existence, elle s’apparente aux plus nobles aspirations. En termes militaires, ce chiasme évoque toute la différence entre les mesquineries d’une intendance besogneuse et l’élan radieux du stratège !

Comme le soupçonne Harpagon, les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont fréquents. Et porteurs de complications, y compris une augmentation du risque de suicide. Pour contrer ces problèmes, l’accent est mis sur les psychothérapies, en particulier les techniques cognitivo-comportementalistes (TCC), indiquées surtout dans la boulimie (où leur efficacité est « clairement démontrée » et permet d’amender la symptomatologie), mais moins dans l’anorexie (où l’apport des TCC semble en revanche plus modeste). Or dans la plupart des études, la majorité des patients n’est pas délivrée de tout symptôme en fin de traitement, ce qui laisse penser que la conduite à tenir face aux TCA pourrait être sensiblement améliorée. Autre limitation des essais cliniques : ils incluent souvent des patients aux TCA « flous » (not otherwise specified, sans autre précision), pour lesquels aucune approche thérapeutique ne paraît encore décisive.

Malgré la variété clinique des TCA (anorexie, boulimie, alternance des deux, B.E.D [1]…), certains auteurs proposent une refonte globale de leur cadre nosographique pour établir un diagnostic unitaire des troubles du contrôle alimentaire, transcendant cette diversité apparente. Argument : on peut glisser souvent d’un pôle anorexique à un pôle boulimique, de la même façon qu’on peut passer d’un pôle dépressif à un pôle maniaque dans la maladie bipolaire. Les TCA pourraient donc relever d’une étiquette commune (single diagnostic entity), analogue à un « curseur » virtuel repérant le TCA dominant. Dans ce champ thérapeutique ouvert, comme le suggère une étude de Fairburn & coll.[2], la marge reste importante pour augmenter l’efficacité des traitements, et affiner en particulier les indications des TCC.

[1] Binge eating disorders (phases impulsives de boulimie aiguë)
[2] Fairburn CG et coll. : Transdiagnostic cognitive-behavioral therapy for patients with eating disorders : a two-site trial with 60-week follow-up. Am J Psychiatry 2009 ; 166-3 : 311–319.                   

Dr Alain Cohen

Référence
Crow S et Peterson CB : Refining treatments for eating disorders. Am J Psychiatry 2009 . 166-3 : 266-267.

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