On a démontré le rôle bénéfique des anti-inflammatoires non
stéroïdiens (AINS) dans la prévention des cancers colorectaux, mais
les choses ne sont pas aussi nettes en ce qui concerne les cancers
du sein (KS), d’autant que certains AINS interfèrent avec des
récepteurs hormonaux (RH) dans cette maladie.
Une méta-analyse récente montre cependant une réduction de
risque de KS après absorption d’AINS (risque divisé par 1,13 et
même un peu plus avec certaines molécules comme l’ibuprofène) sans
qu’il y ait de relation effet-dose. Les coxibs (célécoxib,
parécoxib), qui ciblent directement la COX-2, enzyme responsable
des états inflammatoires, pourraient avoir un effet similaire. De
plus, les AINS préviennent l’apparition de KS expérimentaux chez
des rongeurs.
Mais les variations dans les appréciations de l’impact des AINS
tiennent au fait que leurs mécanismes d’action sont différents ; en
effet une surexpression transgénique de COX-2 induit la formation
de tumeurs mammaires chez la souris, alors que l’activation de
prostaglandines (synthétisées par l’enzyme COX-1) diminue la
réponse immunitaire. Dans le KS, la surexpression de COX-2 est
associée à celle de HER-2. On peut donc imaginer que les coxibs ne
cibleraient que les KS HER-2 +, mais il est aussi possible que
leurs effets bénéfiques soient estompés par les effets carcinogènes
(sur la réponse immunitaire) des COX-1. Au total, la carcinogenèse
dépendrait de la somme des effets COX-1 et COX-2. De plus,
l’affinité des AINS varie, l’acide acétyl-salicylique étant le plus
actif sur COX-1 et le célécoxib le plus puissant sur COX-2.
L’effet préventif de l’aspirine sur les KS est affirmé par
certaines études, nié par d’autres, et serait en fait sélectif en
fonction de la présence de RH dans le tissu mammaire. Une
prostaglandine activerait la production d’œstrogènes non ovariens,
ce qui expliquerait sa plus grande activité après la ménopause, et
aussi la discordance des résultats entre les essais, s’ils ne
prennent pas en compte la positivité des RH. Par ailleurs un
traitement hormonal substitutif annule les effets bienfaisants des
AINS après la ménopause.
Enfin, la synergie des AINS avec certains composés (bexarotène)
permet d’en réduire les doses sur les modèles animaux.
La prise en compte de tous ces facteurs (récepteurs hormonaux,
HER-2, statut ménopausique, traitement hormonal) permet d’espérer
une chimioprévention personnalisée du cancer du sein par les
anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Dr Jean-Fred Warlin
Howe LR et Lippmann SM. : Modulation of breast cancer risk by nonsteroidal anti-inflammatory drugs. J Natl Cancer Inst., 2008;100(20):1420-3.
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