Michèle DEKER,
Paris
Les données épidémiologiques récentes attestent que la
rougeole est loin d’être éradiquée en Europe. Les taux d’incidence
sont très variables selon les pays. En 2006-2007, 12 000 cas ont
été déclarés, dont 85 % proviennent de 5 pays, dont la plupart à
nos frontières (Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, Italie et
Roumanie).
Les épidémies récentes
En Suisse
Une épidémie de grande ampleur a débuté en Suisse en 2006, pour
culminer en 2008, soit plus de 3 200 cas en 2 ans, avec une
incidence
très variable selon les cantons. La très forte incidence de la
maladie dans les cantons alémaniques s’explique par l’insuffisance
de la couverture vaccinale : elle est de 86 % à 2 ans, 89 % à 6 ans
et 95 % à 16 ans pour les enfants ayant reçu au moins une dose, et
de 75 % pour 2 doses. En Suisse, le virus a frappé essentiellement
des sujets non vaccinés (plus de 93 % des cas) ou dont la
vaccination est incomplète (sujets n’ayant reçu qu’une dose de
vaccin). La fréquence des hospitalisations (243) et des
complications (8 encéphalites, 2 mastoïdites) souligne la gravité
de la maladie.
En France
La rougeole est redevenue une maladie à déclaration obligatoire
depuis 2005, avec incitation à la confirmation biologique des cas.
De 1985 à 2003, le nombre annuel de cas a été estimé passer de 300
000 à 10 000, puis à 4 500 en 2004. Les premières données de la
déclaration obligatoire, publiées en décembre 2007, font état de 40
cas en 2006 et 44 en 2007. Une augmentation très importante du
nombre de cas a été observée à partir du printemps 2008, avec une
nette diminution des cas touchant des enfants de moins de 1 an et
de 1 à 4 ans et davantage d’adolescents et d’adultes. Sur 430 cas
déclarés au 30 novembre, 43 % ont été confirmés biologiquement.
L’âge moyen des cas est de 13 ans (57 % ont plus de 10 ans).
Le principal facteur retrouvé est l’absence de vaccination, dans
89 % des cas, ou une vaccination incomplète (9 % n’ont reçu qu’une
dose). Seuls 2 % des cas étaient correctement vaccinés (2 doses).
La maladie a nécessité une hospitalisation dans 20 % des cas, pour
pneumonie dans un tiers des cas (60 % chez des adultes). Sur ce
fond de rougeole permanent se sont greffés des foyers épidémiques.
Deux épidémies par transmission nosocomiale sont survenues, l’une à
Reims occasionnant 3 cas chez le personnel hospitalier et 3 chez
des patients hospitalisés, l’autre dans le sud de la France avec 5
cas chez le personnel hospitalier.
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Comparaison de la couverture vaccinale
en Suisse et en France.
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Deux épidémies ont touché des écoles confessionnelles avec 110 cas
(8 déclarés) et 57 cas secondaires dans les familles ; une autre
épidémie en camp de vacances, faisant suite aux épidémies
précédentes, a donné lieu à 18 cas chez les participants, avec un
taux d’attaque de 92 % chez les nonvaccinés, et 40 cas dans les
familles. Cette situation s’explique là encore par le taux de
couverture vaccinale insuffisant, notamment pour la seconde dose.
En effet, si la couverture vaccinale est satisfaisante pour la
première dose à l’âge de 6 ans (93,1 %) et chez les enfants de
15-16 ans (93,9 %) elle reste insuffisante pour les enfants de 2
ans (87 %). Par ailleurs, la seconde dose est encore trop souvent
oubliée : un tiers des enfants de 15-16 ans n’ont pas reçu la
seconde dose de RRO (tableau).
Quelles leçons tirer de ces épidémies ?
On a pu penser jusqu’en 2007 que la rougeole était en voie de
disparition. Toutefois, pendant cette « lune de miel », le nombre
de sujets réceptifs à la maladie (ayant échappé à la vaccination ou
ayant reçu une vaccination incomplète) s’est accru. Les situations
en France et en Suisse sont aujourd’hui très proches, avec des
niveaux de couverture vaccinale qui ne permettent pas aujourd’hui
d’interrompre la circulation du virus, et donc l’élimination de ces
maladies. La contagiosité de la rougeole est telle, que seul un
niveau de couverture vaccinale d’au moins 95 % pour la première
dose et d’au moins 80 % pour la seconde dose à l’âge de 2 ans
permettrait d’éliminer de manière durable la rougeole en
France.
Aujourd’hui, les données de couverture vaccinale françaises nous
montrent qu’un nombre non négligeable d’enfants n’ont reçu qu’une
seule dose de vaccin RRO, et que nous sommes encore très loin des
objectifs définis dans le plan d’élimination de la rougeole. Par
ailleurs, l’âge de la maladie s’est déplacé vers des enfants plus
âgés, des adolescents, voire des jeunes adultes, avec une
augmentation du pourcentage de formes graves. Le profil des sujets
non vaccinés a changé. Naguère étaient concernés, certaines régions
typiquement sousvaccinantes (Sud), les adeptes des médecines
parallèles.
Aujourd’hui, on assiste à une montée du communautarisme qui
explique les épidémies survenues dans ces milieux particuliers.
Pour enrayer cette situation et parvenir aux objectifs du plan
d’éradication de la rougeole, il est indispensable d’améliorer
globalement la couverture vaccinale, et en particulier la seconde
dose. La priorité est aussi au rattrapage, pour éviter la situation
vécue en Suisse. Enfin, il faut également améliorer la couverture
des personnels soignants. Une nouvelle semaine de la vaccination,
qui aura lieu cette année du 20 au 26 avril, aura comme thème
national la rougeole, ce qui offre un espoir d’améliorer la
situation.
Références
Communication de D.Floret. 13e Rencontres de Pédiatrie
pratique (Paris) : 23 et 24 janvier 2009.
Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, mars 2009