Excédent de garçons : un véritable casse-tête chinois !

Une étude fort intéressante lève le voile sur l’un des aspects de la démographie chinoise, celui de la prédominance du nombre de garçons. En effet, dans certaines régions du pays, le sex ratio peut atteindre 140 garçons pour 100 filles.

Les auteurs de cette étude se sont basés sur un « échantillon » de population de plus de 4,7 millions de chinois de moins de 20 ans, issus de toutes les provinces du pays, 60 % vivant en zones rurales, 22 % en zones urbaines et 17 % au cœur des villes.
Si l’on considère les résultats globaux, toutes les tranches d’âge sont touchées par le déséquilibre garçons/filles, sauf les 15-19 ans habitant en zone urbaine, avec un  maximum dans la tranche d’âge 1-4 ans. Les régions du centre sud sont celles où la prédominance des garçons est la plus élevée du pays.

Mais les données les plus spectaculaires sont les sex ratios à la naissance, recueillis sur 12 mois, entre novembre 2004 et octobre 2005. Pour cette période, la moyenne des sex ratio sur toutes les provinces est de 120, il dépasse 130 en plusieurs endroits du pays. Et l’étonnement vient surtout des différences constatées en fonction du rang de naissance. Ainsi, dans les zones rurales, si le sex ratio est relativement bas pour le premier enfant, il augmente considérablement pour le deuxième enfant et peut dépasser 200, voire 300 dans certaines zones rurales, pour le troisième enfant.

Les auteurs mettent en relation les différences observées selon les régions et les disparités d’application de la politique de régulation des naissances. Ainsi les zones rurales où un second enfant est autorisé, si le premier est une fille, sont les zones où les enfants de deuxième rang sont le plus majoritairement des garçons, comme s’il ne fallait pas rater la deuxième chance !

En recoupant les chiffres selon les tranches d’âge, les auteurs minimisent la possibilité de sous-déclarations des filles à la naissance. Ils n’éludent pas toutefois l’hypothèse des infanticides de filles, ou de la négligence de soins. Mais ils remarquent que depuis 1980, l’accès facile à l’échographie favorise plutôt la théorie de l’avortement sélectif en fonction du sexe. Dans ce pays où le contrôle des naissances est élevé en politique nationale, l’interruption de grossesse est de pratique courante, mais illégale dans le cadre de la sélection du sexe. Il semble selon les auteurs que ce soit pourtant l’explication la plus vraisemblable aux différences de sex ratio en fonction du rang de naissance.

Ils soulignent le risque que constitue un tel déséquilibre hommes/femmes pour la stabilité sociale et la sécurité et insistent sur le lien entre certaines déclinaisons locales de la politique de régulation des naissances et les plus grands déséquilibres. La modification de cette politique, en autorisant par exemple un deuxième enfant quelque soit le sexe du premier, limiterait peut-être la sélection avant la naissance.

Le gouvernement chinois, très préoccupé par le problème, a lancé des campagnes de sensibilisation « care for girls » et cherche à promouvoir l’égalité en matière de genre. Mais il est trop tard pour les générations qui arrivent, qui, inéluctablement compteront plus d’hommes que de femmes.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Zhu WX et coll. : China’s excess males, sex selective abortion, and one child policy : analysis of date from 2005 national intercensus survey. BMJ 9 avril 2009 ; 338 : b1211.

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Vos réactions (1)

  • Querelle de genres

    Le 18 avril 2009

    RATIO: nom commun dérivé étymologiquement du latin ratio qui veut dire soit raison, soit calcul, comme le souligne pertinemment l'excellent dictionnaire "The American Heritage of the English Language", langage duquel chacun sait qu'il n'est qu'un patois du français d'avant la guerre de 7 ans. "Le Petit Larousse illustré 2000", ma référence pour la langue française, réduit ratio à la basse notion sémantique de calcul économique et financier. Contrairement à l'usage que j'en fais dans l'éditorial "De la Sex Ratio", ratio, laroussiquement parlant, est du genre masculin. Depuis Descartes et ses successeurs spinozistes et kantiens, la raison est à la mathématique ce que le père est à la mère dans la procréation d'un enfant réel ou virtuel. Est-ce bien raisonnable de calculer rationnellement au masculin un quotient de répartition ? Certainement pour un rédacteur et un imprimeur: l'économie est palpable puisque, selon le genre, le ratio de signes du/de la est de 2/4. Mais l'est-ce toujours quand il s'agit des sexes dans la branche bissexuée du règne animal ? Il ne s'agit bien sûr pas de cygnes, comme dans les suites de la fornication de Zeus avec Leda. En matière de sex ratio, ma ci-devant consœur, le/la Dr Roseline Péluchon, pigiste numérique de la virtuelle lettre de la JIM du 15/04/2009, fait de ratio un terme neutre et invariable: elle y analyse avec talent le contenu du récent article d'un certain Dr Zhu WX et al. : "China's excess males, sex selective abortion, and one child policy : analysis of date from 2005 national intercensus survey. BMJ 9 avril 2009 ; 338 : 211". Moitié moins de signes quand ratio est masculin, moitié moins de filles quand le sex ratio est chinois. Comme l'exprime lumineusement la très raisonnable Sylviane Agacinski dans le Monde.fr | 19.11.07 | 16h23 • Mis à jour le 07.04.09 | 08h17, « Les possibilités de choix de genre, qui sont multiples, ne changent rien à l'interdépendance des sexes - ne sortons pas ce propos de son contexte en le tronquant - en matière de procréation ». Il serait irrationnel de mélanger les sens respectifs de ce latinisme à l'origine du Price Earning Ratio du commerce boursier et celui du sex ratio que vient modifier le commerce des mères porteuses contre lequel se dresse sans ratiociner notre Sylviane nationale. (18 avril 2009).

    Jean-François Moreau <www.jfma.fr>

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