La graisse brune compte pas pour des prunes !

La graisse brune est présente tout au long de la vie chez les rongeurs. Dans l'espèce humaine, la graisse brune est retrouvée chez le petit enfant mais jusqu'à présent il était admis que ce tissu régressait jusqu'à disparition complète à l'age adulte. Le développement de l'imagerie par tomographie à émission de positons couplée au scanner (TEP-scan) utilisant comme marqueur le 18F-fluorodeoxyglucose (18F-FDG) a permis de remettre en cause cette affirmation. On retrouve en effet chez certains patients une fixation intense du FDG en zone supraclaviculaire avec localisation graisseuse de la fixation lorsque l'imagerie fonctionnelle est couplée au scanner. Cette fixation, source de faux positifs, peut être réduite en réchauffant la température ambiante de la pièce où se déroule l'examen, en utilisant des bêta-bloquants ou des benzodiazépines. Ces caractéristiques ont fait suspecter la présence de graisse brune.

Deux publications du NEJM apportent la preuve de la présence de graisse brune chez l'adulte.
KA. Virtanen et coll. ont une approche morphologique basée sur l'utilisation du TEP-scan. Cinq volontaires sains adultes ont été étudiés. La captation du FDG était augmentée d'un facteur 15 par l'exposition au froid dans les zones paracervicales et supra-claviculaires. Des biopsies des zones fixantes ont été réalisées chez 3 personnes et elles ont retrouvé un aspect histologique et un profil moléculaire permettant d'affirmer la présence de graisse brune.

A. Cypess et coll. ont analysé 3 640 TEP scan consécutifs réalisés pour diverses pathologies chez 1 972 patients. Un dépôt de graisse brune était suspecté en présence d'un foyer à haute activité métabolique (SUV du 18F-FDG supérieure à 2) ayant une densité graisseuse au scanner et mesurant au moins 4 mm de diamètre. Des dépôts de graisse brune ont été retrouvés chez 76 femmes sur 1 013 (7,5 %) et 30 hommes sur 959 (3,1 %) soit un ratio femme/homme supérieur à 2/1 (p<0,001). Pour 33 de ces patients, une chirurgie cervicale était nécessaire, elle a permis de prélever du tissu adipeux dans les zones fixantes et de vérifier par immunohistochimie la présence d'UCP1 (uncoupling protein 1) caractéristique de la graisse brune. La localisation de la graisse brune chez ces adultes différait des sites habituellement identifiés chez l'enfant : il s'agissait d'une localisation cervicale antérieure et thoracique haute bilatérale et non de dépôts dorsaux interscapulaires. La probabilité de détecter des dépôts de graisse brune était inversement corrélée à l'âge (p < 0,001), à la température extéreure au moment de l'exploration (p = 0,02), à l'utilisation de bêta-bloquants (p<0,001), et chez les patients les plus âgés, à l'IMC (p = 0,007).

Ces études démontrent l'existence et l'activité métabolique de la graisse brune chez l'adulte. Ces résultats de nature observationnelle sous-estiment probablement la présence réelle des dépôts de graisse brune.

Dr Laurence Du Pasquier

Références
KA Virtanen et coll. : Functional brown adipose tissue in healthy adults. N Engl J Med 2009 360 ; 1518-1525.

Cypess A et coll. : Identificaton and importance of brown adipose tissue in adult humans" N Engl J Med 2009 360 ; 1509-1517.

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