La prise en charge de la bronchiolite du nourrisson ne fait
toujours pas l’unanimité. C’est sans doute regrettable, concernant
une pathologie qui chaque année en France touche presque 30 % de la
population des nourrissons, soit environ 450 000 enfants, avec un
accroissement régulier de 9 % par an depuis quelques années.
Pendant la période hivernale, les services de pédiatrie se
remplissent de ces nourrissons « tousseurs ». En cause dans 80 %
des cas, le virus respiratoire syncitial (VRS). Pourtant,
malgré la prévalence élevée de cette pathologie, les soignants ne
peuvent s’appuyer, pour sa prise en charge, que sur des
recommandations élaborées à partir de conférences de consensus. Et
force est de constater que les habitudes thérapeutiques varient
beaucoup d’un pays à l’autre.
C’est le cas notamment de l’utilisation de la corticothérapie
inhalée. Administrée à la phase aiguë de la bronchiolite, elle
aurait pour objectif de prévenir les épisodes récurrents et
transitoires de sifflements (wheezing), fréquents dans les suites
des bronchiolites. Mais ce type de prise en charge n’a pas apporté
la preuve de son efficacité et est loin de faire l’unanimité de la
communauté médicale. A l’origine de cette attitude répandue se
trouve sans doute l’hypothèse évoquée d’un lien entre l’infection
aiguë, les réactions inflammatoires qu’elle provoque et les
épisodes de sifflement à distance.
Une étude récente donne à nouveau raison aux opposants à la
corticothérapie inhalée. Cette étude randomisée, en double aveugle
contre placebo, compare les épisodes de sifflements survenant chez
243 nourrissons dans les suites d’une bronchiolite à VRS. Les
enfants ont tous un âge inférieur à 13 mois au moment de
l’admission et présentent une infection à VRS documentée. Un
traitement inhalé à forte dose, 200 µg de dipropionate de
béclométhasone (n=119), ou un placebo (n=124), leur est administré
2 fois par jour, dès les 24 premières heures de leur prise en
charge. Le traitement est poursuivi trois mois puis les épisodes de
sifflements sont comptabilisés pendant 1 an.
Aucune différence n’est relevée entre les deux groupes,
concernant la fréquence des sifflements pendant le suivi. Une
réserve toutefois, l’étude montre une diminution relative du risque
d’épisodes de sifflements, de 32 %, sous traitement dans le
sous-groupe des nourrissons n’ayant pas eu besoin d’assistance
ventilatoire. Cet effet positif ne se maintient pourtant pas
au-delà de 6 mois.
Aucun effet secondaire ne semble rattaché au traitement étudié.
Le risque encouru en le prescrivant à tort semble donc peu
important. Mais il peut être utile de se demander pourquoi, alors
que les conférences de consensus ne recommandent pas la
corticothérapie dans cette indication, elle est encore si
couramment utilisée.
Dr Roseline Péluchon
Ermers MJJ et coll. : The effect of high dose inhaled corticosteroids on wheeze in infants after respiratory syncytial virus infection: randomised double blind placebo controlled trial.
BMJ 2009 ; 338 : b897.
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