Après le « j’accuse » des médecins, l’ « ignorent-ils » de Roselyne Bachelot

Paris, le vendredi 17 avril 2009 – Depuis qu’a commencé l’élaboration de la loi Hôpital patients santé territoire (HPST), le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a dû composer avec de nombreuses pétitions et faire face à plusieurs manifestations. Elle se sera pour l’heure contenter d’y répondre ponctuellement. Cependant, face à la mobilisation de vingt-cinq « grands » professeurs de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) et alors que leur appel publié hier par le Nouvel Observateur a déjà recueilli le soutien de 5 000 personnes sur le site de l’hebdomadaire, Roselyne Bachelot a décidé de formuler une réponse circonstanciée et précise aux accusations qui lui sont faites par le biais d’une tribune publiée par le Figaro.

Ignorent-ils ?

A chacun des points soulevés par les vingt-cinq chefs de service franciliens elle oppose une question rhétorique commençant par l’interpellation « Ignorent-ils ? ». C’est ainsi que face à ce qui constitue le sujet le plus délicat, l’arrivée d’un « super patron » à l’hôpital, elle écrit : « Les signataires dénoncent un « directeur qui pourrait n’avoir aucune compétence médicale ou en santé ». Ignorent-ils vraiment la haute compétence de ces professionnels de santé publique, formés à l’EHESP ? L’hôpital a besoin d’une équipe unie pour le diriger et c’est ce que propose la loi ». L’accusation globale formulée contre la loi et qui dessine un hôpital uniquement présidée par des intérêts budgétaires et mercantiles est également repoussée par le ministre qui défend la tarification à l’activité en observant « que la dotation globale (…) constitue le financement le plus injuste » et qui renchérit par ailleurs en affirmant « que la mauvaise gestion est la pire ennemie d’une médecine de qualité ». Par ailleurs, alors que les vingt-cinq professeurs de l’AP-HP avaient proposé, plutôt que d’adopter une loi fort dangereuse pour l’hôpital public, de réfléchir à la « valorisation des métiers de l’hôpital », Roselyne Bachelot demande : « Ignorent-ils vraiment que le processus de LMD est enclenché et qu’il va concerner l’ensemble des professions, notamment les infirmières, améliorant les carrières et les statuts ? », semblant ignorer, elle aussi, que les discussions concernant la refonte de la formation des infirmières ne semblent aujourd’hui pas prêtes d’aboutir.

Même Bernard Debré, député UMP, conteste la loi

A l’image de ce dernier exemple, il est peu probable que cette explication de texte du ministre (qui a invité les « signataires » de l’appel à relire la loi « au lieu de la caricaturer ») ne permette de convaincre les médecins en colère de leur erreur de jugement – si erreur il y a. On assiste au contraire depuis ce matin à une multiplication des dénonciations du projet de loi. Parmi ces voix contestataires, certaines n’ont pas apposé leur nom au bas de l’appel, mais ne s’en montrent pas moins amères. Ainsi, le professeur Bernard Debré, également député UMP, a clairement indiqué hier interrogé par France Info qu’il considérait le projet HPST comme « une mauvaise loi » animée par une « vision uniquement comptable » et qui aura pour résultat de donner « tous les pouvoirs » à « un patron qui n’est pas un médecin ». « Nous sommes en révolte parce que nous croyons que le pouvoir qu’auront les médecins de proposer un projet médical pour l’hôpital ne leur appartiendra pas », martèle le chef de service en urologie à l’hôpital Cochin. Sur les mêmes ondes, la parole était également accordée ce matin au professeur Grimaldi, signataire de l’appel comme huit autres « mandarins » de la Pitié-Salpêtrière où semble être né le mouvement. Outre son opposition à la loi, le diabétologue tient à dénoncer les « 20 000 emplois qui devraient être supprimés » prochainement dans les hôpitaux publics, en raison encore une fois du seul critère de « rentabilité ». D’autres médias donnent ce matin la parole à de tout aussi célèbre signataire de l’appel, tel le professeur Alain Fisher qui dans le Parisien témoigne que dans « son service d’immuno-pédiatrie à l’hôpital Necker » il souffre déjà de la disparition d’un « cadre soignant (…) et de deux aides soignants et de moins d’infirmières. Cela oblige à fermer des lits et rallonge les délais d’attente ».

28 avril

Alors qu’a déjà été lancé il y a quelques jours un appel à la grève concernant toutes « les activités de gestion hospitalière », les vingt-cinq professeurs de médecine devraient être en première ligne le 28 avril lors d’une grande manifestation en cours de préparation. Elle rassemblera sans doute de nombreux représentants de l’AP-HP, parmi les médecins, mais aussi les infirmiers, les aides soignants et les cadres administratifs. La Coordination des praticiens des hôpitaux, l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers et même la Coordination médicale hospitalière pourtant plus favorable à la loi ont également appelé à y participer. Roselyne Bachelot qui assure en guise de conclusion de sa tribune que « la réforme se fera grâce aux 900 000 personnes qui travaillent à l’hôpital » ignorera-t-elle encore longtemps que l’opposition à sa loi est quasi unanime dans les hôpitaux aujourd’hui, notamment dans les établissements franciliens ?

A.H.

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