Je ne suis pas malade et TOC !

The American Journal of Psychiatry évoque une étude longitudinale de type prospectif, étalée sur 21 ans, et consacrée à l’enracinement possible des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) dans l’enfance.

Les auteurs ont comparé les tendances obsessionnelles et compulsives à l’âge de 11 ans puis à 26 et à 32 ans, avec l’intention de préciser si la symptomatologie observée à 11 ans pouvait permettre de prédire un diagnostic de TOC, une ou deux décennies plus tard. Près du quart de la cohorte initiale se trouve concerné par des troubles obsessionnels ou /et compulsifs ultérieurs, et l’étude confirme que l’existence de tels symptômes dès l’enfance permet effectivement de prédire « fortement » (strongly) un diagnostic de TOC à l’âge adulte. Autre constat : les phénomènes obsessionnels et compulsifs sont souvent associés à un contexte de co-morbidité psychiatrique (anxiété ou troubles de l’humeur).

Cette étude soulève aussi le problème de la pertinence du diagnostic et esquisse une explication concernant le faible attrait pour le traitement, chez les sujets affectés par des TOC. D’où le décalage souvent abyssal entre l’établissement d’un diagnostic psychiatrique et la reconnaissance d’une nécessité thérapeutique par le malade. Il est fort possible (very real possibility) que la raison tienne à l’absence de gêne éprouvée en pratique par les intéressés, malgré la présence des troubles : « Beaucoup de gens avec des TOC ne se considèrent pas comme nos patients. S’efforcer de les identifier et de les traiter signifierait que nous saurions, mieux qu’eux-mêmes, s’ils ont besoin de notre aide et à quel moment ».

En matière nosographique, qui est ainsi le « meilleur juge », le psychiatre ou le patient ? Classique (mais difficile à transposer dans une recherche épidémiologique, précise l’auteur), ce débat rappelle la dimension socioculturelle des « étiquettes » psychiatriques, la spécialité oscillant en permanence entre Charybde et Scylla : pêcher par une stigmatisation indue (l’exemple le plus caractéristique étant l’assimilation de l’homosexualité à une maladie, jusqu’à une époque récente) ou, à l’inverse, par une méconnaissance de troubles réels.

Dr Alain Cohen

Référence
Stein MB : Worrying about obsessions and compulsions. Am J Psychiatry 166-3 : 271–273.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article