L’antibiothérapie empirique accroît le risque d’entérocolite et la mortalité des nouveau-nés de très petit poids

Les nouveau-nés (NN) de petit poids reçoivent souvent des antibiotiques (AB) en attendant les résultats des examens bactériologiques prélevés à la naissance. Une étude rétrospective multicentrique montre que cette pratique accroît les risques d’entérocolite ulcéro-nécrosante (ECUN) ou de décès.

Un peu plus de 4 000 NN pesant au plus 1 kg, nés en 1998-2001 dans 19 centres périnataux de niveau 3 des USA ont été inclus dans l’étude parce qu’ils avaient été mis aux AB à la naissance (avant J3) mais n’étaient pas infectés, et qu’ils ont survécu au-delà de J5.

L’antibiothérapie empirique associait deux molécules (96 %), en général l’ampicilline et un aminoside (86 %), pendant une durée médiane de 5 jours (extrêmes : 1 à 36).

En fait, sa durée présentait une distribution bimodale, avec un pic à 3 jours (correspondant à l’arrêt des AB au vu de la négativité des cultures) et un autre à 8 jours. Elle était influencée par des facteurs tenant à l’enfant (maturité, score d’Apgar…), à la grossesse (poche des eaux rompue, AB prépartum), et elle variait beaucoup entre centres, les proportions de traitements d’au moins 5 jours allant de 27 % à 83 % selon les centres.

En tout, 11 % des NN ont fait une ECUN sévère, 16 % sont décédés après J5, et 23 % ont eu l’une ou l’autre de ces deux évolutions (« évolution composite »). Ces derniers avaient reçu des AB pendant une durée > ou = 5 jours plus souvent que les survivants n’ayant pas fait d’ECUN (61 % vs 51 % ; p <0,001).

Chaque jour supplémentaire d’antibiothérapie empirique faisait augmenter d’environ 4 % le risque d’évolution composite, de 7 % celui d’ECUN, de 16 % celui de décès, après ajustement sur les facteurs tenant à l’enfant et à la grossesse, et sur le centre.

Par rapport aux enfants traités moins de 5 jours, ceux qui étaient traités au moins 5 jours avaient des risques significativement accrus d’évolution composite (Odds Ratio ajusté=1,30 ; Intervalle de Confiance 95 %=1,10-1,54 ; p <0,01) et décès (OR=1,46 ; IC 95 %=1,19-1,78 ; p <0,001), mais pas d’ECUN seule (juste une tendance).

Quand l’analyse était limitée aux enfants intubés et ventilés plus d’une semaine, censés être les plus malades, les risques d’évolution composite et de décès devenaient plus importants et celui d’ECUN devenait significatif.

Une antibiothérapie empirique prolongée est associée à un risque accru d’ECUN ou de décès. Elle perturbe l’implantation de la flore microbienne dans l’intestin au cours des premiers jours de vie.

Cependant, les auteurs n’osent pas proposer son arrêt avant 5 jours quand les prélèvements bactériologiques sont stériles, et a fortiori remettre en question son utilisation systématique (en 1998-2001, seule une centaine de NN <1 kg y a échappé dans leur réseau).

Leur étude suggère aussi que les différences de pratiques d’antibiothérapie entre centres ont une influence sur le taux d’ECUN/ la mortalité, comme c’est le cas pour l’alimentation –un facteur de confusion possible ici.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Cotten CM et coll. : Prolonged duration of initial empirical antibiotic treatment is associated with increased rates of necrotizing enterocolitis and death for extremely low birth weight infants. Pediatrics 2009; 123: 58-66

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