Une complication inhabituelle des AVK

C’est souvent sur les complications hémorragiques digestives, neurologiques, urologiques, des anticoagulants oraux que portent les publications, soulignant notamment le risque létal associé aux saignements gastro-intestinaux et cérébraux. Mais peu traitent des complications hémorragiques des antivitamines K (AVK) touchant les voies aériennes supérieures, pourtant susceptibles de mettre en jeu le pronostic vital. Des auteurs japonais, à partir d’une observation, attirent l’attention sur une complication ORL rare des AVK.

Il s’agit d’une femme, âgée de 83 ans, adressée en service d’ORL parce qu’elle avait mal à la gorge depuis 4 jours.

À l’admission, elle respire facilement, mais ne peut avaler ni solides ni liquides. La patiente, qui a une insuffisance mitrale et un rétrécissement aortique et prend, entre autres traitements médicamenteux, 3 mg de warfarine quotidiennement, signale un train subfébrile et une expectoration jaunâtre pendant 5 jours.

L’examen note l’absence de stridor, une température de 36,9 °C, une fréquence cardiaque de 74 battements/min et une pression artérielle de 114/78 mmHg.

L’examen naso-endoscopique montre un œdème épiglottique et arythénoïde bilatéral, virant au violet, avec une corde vocale gauche érythémateuse, mais la liberté de la voie aérienne reste correcte. La leucocytose est de 9 200/µl, avec 70,7 % de polynucléaires neutrophiles, le taux d’hémoglobine de 13,8 g/dl, et le nombre de plaquettes de 165 000/µl. La patiente reçoit du succinate d’hydrocortisone IV et une antibiothérapie et il n’y a pas de nouvelle administration de warfarine.

À J2, le bilan montre un INR à 10, et le diagnostic d’hématome épiglottique et arythénoïde bilatéral, lié à la prise d’AVK et à une toux sévère (sans notion précisée par les auteurs d’interférences médicamenteuses antérieures potentielles avec l’AVK). Après avis spécialisé, la patiente reçoit de la vitamine K.

À J3, l’INR est à 1,96 puis à 1,73 à J4, et le traitement par warfarine est repris, à raison de 2 mg/j. À J8, l’INR est de 1,44, et la posologie de warfarine est augmentée à 3 mg/j.

A J11, la naso-endoscopie montrant la résorption de l’hématome et de l’œdème, la patiente quitte l’hôpital. L’évolution se fait sans complications secondaires.

Les auteurs, via une revue de littérature, recensent peu de cas d’hémorragies spontanées des voies aériennes supérieures liées à un hématome sublingual, rétropharyngé ou épiglottique, mais ils relèvent un cas isolé d’hématome arythénoïde bilatéral et épiglottique. Ils insistent sur l’urgence de l’examen ORL et du traitement : la sévérité de l’obstruction des voies aériennes, variable, est à évaluer cas par cas, et l’obstruction, dramatique, peut survenir rapidement.

Dr Julie Perrot

Référence
Ikeda R et coll. : Upper airway obstruction by epiglottis and arythenoids hematoma in a patient treated with warfarin sodium. Auris Nasus Larynx, Publication avancée en ligne, 30 avril 2009.

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