"Sauvez des vies : lavez vos mains", message à 3,6 millions de soignants

Hôpital de Villeneuve-St-Georges, mardi 5 mai. Dans le hall d’accueil  un peu délabré de cet établissement construit dans les années 1970, on apprend à bien utiliser les gels hydro- alcooliques. Frotter au moins 30 secondes, paume contre paume, dos de la main, entre les doigts, tourner autour du pouce, insister sur les ongles etc. Plusieurs visiteurs et quelques soignants se prêtent au jeu, devant des posters distribués par l’OMS, en français, thaïlandais (sans doute en hommage à la beauté graphique de l’alphabet Thai) et arabe. Une scène qui, ce jour là, s’est répétée dans des centaines de structures de soins françaises, motivées par le mot d’ordre de l’OMS qui avait décidé de cette opération de longue date et avait enregistré les participations d’au moins 3 863 structures de soin européennes et plus de 3,6 millions de soignants…

Des mains désinfectées = des risques évités, comme le rappellent pour l’occasion des tracts largement distribués par le Ministère de la santé et des sports. Mais y a-t-il encore dans notre pays un soignant qui doute de l’importance capitale de l’hygiène des mains ? Pour admettre et comprendre l’intérêt majeur de cette opération, il faut se souvenir qu’on estime que les germes manuportés sont responsables d’au moins la moitié des infections nosocomiales, et sans doute beaucoup plus. Des infections qui viennent, justement, de faire l’objet d’un rapport détaillé dans un numéro thématique du BEH consacré à la transmission d’agents infectieux des soignants à leurs patients. On y apprend que 5 342 signalements ont été faits à l’Institut de veille sanitaire entre 2001 et 2007 par 1 084 établissements, chiffre qui ne représente évidemment qu’une partie de la réalité. Parmi ceux impliquant potentiellement une participation du personnel soignant, étaient rapportés 48 épisodes de coqueluche, 62 de tuberculose, 132 d’infections à streptocoques du groupe A, 149 de gastroentérites nosocomiales (soit 3 607 cas), 43 de grippe, 10 de séroconversions pour l’hépatite B dont l’origine nosocomiale n’a pas toujours été fermement établie et 120 de gale (plus de 1 000 cas, groupés dans 80 % des cas). Toutes partielles qu’elles soient, ces données soulignent que de nombreux pathogènes circulent dans les unités de soins, menaçant constamment les patients et à moindre degré les soignants. En permettant de mieux identifier la menace, cette étude légitime indirectement  la journée de L’OMS et rappelle aux soignants leurs devoirs vis-à-vis des malades, vaccinations et hygiène des mains en tête…

La journée mains propres de l’OMS a, cette année, connu un vif succès en France, en grande partie à cause de la grippe à H1N1 qu’on a dit et répétée très largement transmise par contacts de mains contaminées. Le check hand qui tue… A ce sujet, il y a dans ce même BEH le rapport d’une double épidémie de grippe, transmise par le personnel d’une Ehpad (unité d’hébergement pour personnes âgées) à une autre et peut-être même une troisième, dans les bouches du Rhône. Les enquêteurs ne disent pas quel rôle éventuel pourraient, dans cette histoire, avoir joué des mains mal lavées…

Dr Jack Breuil

Références
Kilpatrick C et coll. : The global impact of hand hygiene campaigning. Euro Surveill 2009;14 : ppi=19191
Poujol I et coll. : Signalements d’infection nosocomiale suggérant des transmissions d’agents infectieux de soignant à patient, France, 2001- 2007. BEH thématique 2009 ; 18-19 : 179-182

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