« Personne n’a jamais dit que l’hôpital devait devenir une entreprise ! »

Paris, le mardi 12 mai 2009 – Il y avait un absent remarqué dans le discours prononcé hier par le président de la République, Nicolas Sarkozy, à l’occasion de la remise du rapport du professeur Jacques Marescaux sur l’avenir des CHU : le mot « patron ». Il ne fut entendu qu’à une seule reprise et de façon bien moins positive qu’auparavant lorsque le chef de l’Etat a observé, évoquant la carrière des médecins hospitaliers : « Il n’est pas facile non plus d’avoir deux patrons. L’Université, qui est l’employeur des médecins hospitalo-universitaires et le directeur de l’hôpital ». Ainsi, celui qui depuis sa campagne électorale a à plusieurs reprises défendu l’idée que le salut de l’hôpital public viendrait de la mise en place d’un véritable « patron », doté d’un pouvoir plus affermi, a hier renoué avec un vocabulaire et une conception d’antan, soulignant que le « directeur [de l’hôpital] ne doit pas devenir un despote absolu ». Ce changement de ton qui était au cœur du discours du chef de l’Etat lui a permis de dénoncer l’incompréhension malheureuse dont aurait été l’objet la loi Hôpital patient santé territoire (HPST) portée par Roselyne Bachelot. « Personne n’a jamais dit que l’hôpital devait devenir une entreprise. Cela c’est bien le débat français : on en est loin, ce n’est dans l’idée de personne » a-t-il ainsi lancé, sans renoncer à son style inimitable. Oubliant que le texte de loi tend pourtant à mettre en place une gouvernance hospitalière calquée sur le fonctionnement des grandes entreprises (avec notamment un directoire et un conseil de surveillance), le Président de la République n’a par ailleurs pas hésité à caricaturer le propos des praticiens et professionnels opposés à la loi en remarquant : « Le fait, quand on est gestionnaire, de faire en sorte que l’hôpital soit bien géré et en équilibre ne marque pas la volonté que les gens soient mal soignés. Il faudrait pour être bien soigné être soigné seulement dans des hôpitaux en déficit ? » a ainsi interrogé Nicolas Sarkozy.

Les médecins retrouvent un peu de leur pouvoir

Mais au-delà de ces effets oratoires, ce sont des compromis, voire des reculades qui ont été confirmés hier. Ainsi, Nicolas Sarkozy a repris à son compte les principales propositions du rapport de Jacques Marescaux que nous évoquions dans ces colonnes hier. C’est ainsi que dans les CHU au côté du directeur, trois vices présidents composeront un directoire resserré : le président de la commission médicale d’établissement, le directeur de l’Unité de formation et de recherche (UFR) de médecine et un dernier vice président plus spécifiquement chargé des questions concernant la recherche. Ce dispositif pourrait concerner non pas seulement les CHU mais tous les centres hospitaliers. D’autres concessions ont également été confirmées qui concernent de façon certaine tous les établissements. Ainsi, au sein du directoire, les médecins membres resteront nommés par le directeur, mais à partir d’une liste constituée par le président de la CME. Il en sera de même pour les chefs de pôle. Enfin, l’élaboration du projet médical sera bien la mission de la CME, une disposition qui devrait être reprise sous forme d’amendement par les sénateurs.

La rupture est consommée

Pour les professeurs Jacques Marescaux et Bernard Debré, ces avancées devraient permettre d’apaiser le vent de contestation, alors qu’une nouvelle manifestation est prévue le jeudi 14 mai. Cependant, certaines voix témoignent que la partie pourrait ne pas être encore totalement gagnée pour le gouvernement. Ainsi, dans le monde politique, du côté de l’opposition, on conteste la méthode qui aboutit à légiférer sur ces questions cruciales par amendement, alors que conformément à la procédure d’urgence, la loi ne devrait pas être de nouveau examinée par l’Assemblée nationale en séance plénière. Chez les médecins, certaines réactions témoignent combien la rupture entre la communauté hospitalière et le gouvernement va au-delà de cette loi. Ainsi, le professeur André Grimaldi, interviewé ce matin par France Info continuait de dénoncer une « politisation de la gestion hospitalière ». Concédant que les amendements qui vont être proposés « corrigent les aspects les plus caricaturaux de la loi Bachelot » il a cependant observé : « La loi ne change pas le rapport entre le directeur et les médecins. Elle change le statut et les missions du directeur. Ce dernier sera nommé et révocable à tout moment et sans appel par le directeur de l’agence régionale de santé, une sorte de préfet sanitaire, omnipotent, puisqu’il est nommé en conseil des ministres. C’est une politisation de la gestion hospitalière tout à fait étonnante ». Enfin, les syndicats n’ont pas renoncé ce matin à leur appel à la mobilisation, exigeant parfois un retrait du texte pour une réécriture globale, tandis qu’à la contestation que suscite la loi s’ajoute l’inquiétude provoquée par les suppressions de poste.

A.H.

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