Traitement par inhibiteurs de tyrosine kinase : il faut surveiller la thyroïde

Les inhibiteurs de tyrosine kinase constituent une nouvelle classe thérapeutique en oncologie. En 2005, un premier cas d’hypothyroïdie a été décrit après utilisation d’imatinib. Depuis plusieurs publications ont  rapporté cet effet  secondaire. Une récente revue de la littérature permet de faire le point sur ce sujet.

Le sunitinib est utilisé dans le carcinome rénal et les tumeurs stromales gastro-intestinales métastatiques et/ou avancées. Plusieurs études rétrospectives ont décrit l’apparition d’une hypothyroïdie sous sunitinib avec une prévalence variant de 14 à 85 %. Une étude prospective ayant analysé le bilan thyroïdien avant le début du traitement puis lors de chaque cure a retrouvé une élévation de la TSH transitoire ou permanente chez 61 % des patients et pour 27 % d’entre eux un traitement substitutif a été nécessaire. L’ensemble des données montre que la probabilité de survenue d’une hypothyroïdie augmente au cours du temps et à chaque cycle de traitement. La normalisation de la TSH à l’arrêt complet du sunitinib paraît incertaine au vu des données contradictoires de la littérature.

Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été avancées. Une thyroïdite destructive semble probable et expliquerait qu’une période de thyrotoxicose puisse précéder la phase d’hypothyroïdie. La décision de débuter un traitement substitutif est difficile en raison des fluctuations de la TSH. La constatation d’une TSH élevée en intercure indiquerait une hypothyroïdie persistante et serait un bon argument en faveur de l’initiation du Lévothyrox.

L’imatinib est principalement utilisé en hématologie dans certaines formes évoluées de LMC. Son emploi chez des patients ayant subi une thyroïdectomie pour cancer médullaire a conduit à une augmentation des besoins en Lévothyrox sans qu’on puisse apporter d’explication précise à ce phénomène. Il est donc conseillé de contrôler le bilan thyroïdien des patients traités par inhibiteurs de la tyrosine kinase même en cas d’antécédent de thyroïdectomie.

Enfin 2 séries concernant des nouveaux inhibiteurs de tyrosine kinase, le motesanib et le sorafenib, retrouvent des taux d’hypothyroïdie de l’ordre de 20 %. Il faut espérer que l’exploration thyroïdienne fera partie des éléments évalués lors des essais de phase III pour ces molécules.

Le bilan thyroïdien doit être répété avant et tout au long du traitement par inhibiteurs de tyrosine kinase. Le mécanisme précis de l’hypothyroïdie associée à l’utilisation de cette classe thérapeutique reste hypothétique.

Dr laurence Du Pasquier

Référence
Illouz F et coll : Tyrosine kinase inhibitors and modifications of thyroid function tests : a review. Eur J Endocrinol 2009 ; 160: 331-336.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article