Exclusif : face à la grippe A (H1N1), les médecins ne sont qu’une (toute) petite majorité à se sentir prêts

Paris, le mercredi 13 mai 2009 – Si on l’interroge plus sûrement sur la gestion de la crise provoquée par l’examen de la loi Hôpital patients santé territoire (HPST), Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, reçoit encore ponctuellement des questions sur la grippe A (H1N1). Le plus souvent, il s’agit de pointer du doigt l’exagération dont auraient fait preuve sur ce dossier les autorités sanitaires mondiales et nationales. Ainsi, le Monde, le 9 mai dernier, demandait-il abruptement  au ministre : « Le gouvernement n’en a-t-il pas trop fait en passant au stade 5 de l’alerte ? ». Sans doute le quotidien ne pouvait laisser passer l’occasion de sonder le ministre sur ce point, alors que les médias eux-mêmes ont été accusés d’avoir accordé une place trop importante à cette flambée épidémique. La question pourrait cependant ne pas être tant celle de la quantité d’informations que de la qualité de ces dernières. En effet, si le grand public a été abreuvé de précisions sur le nombre de cas soupçonnés, suspects ou encore en cours d’identification, les professionnels de santé pourraient pour leur part regretter de n’avoir pas reçu les éléments leur permettant de se sentir parfaitement prêts à prendre en charge des patients potentiellement infectés par cette nouvelle souche de virus grippal.

Fiches, réunions et plate-forme téléphonique

Côté pile, le gouvernement assure pourtant que le message a été parfaitement transmis aux soignants. Plusieurs réunions ont en effet été tenues : notamment avec les représentants des 26 unions régionales des médecins libéraux, l’Ordre des médecins ou encore les syndicats de médecins libéraux. Ces derniers ont ainsi participé à une rencontre le mardi 5 mai. Si beaucoup ont regretté que les pharmaciens, pourtant en première ligne face à ce type de crise sanitaire, n’aient pas également été conviés, il leurs a été promis qu’ils seraient prochainement au cœur d’une réunion organisée par le ministère de la Santé. Par ailleurs, une page spécifiquement dédiée aux professionnels de santé a été aménagée sur le portail internet du ministère. On y retrouve notamment plusieurs documents d’information, dont une fiche qui propose une « définition des cas de grippe A/H1N1 » et une seconde qui rappelle la « conduite à tenir en cas de suspicion d’infection au virus émergent H1N1 ». Dans ce document, on peut notamment lire que : « Chaque cas possible doit faire l’objet d’un signalement à l’InVS pour une évaluation épidémiologique et la confirmation du classement en cas possible ». Deux autres fiches sont par ailleurs disponibles, qui détaillent l’attitude à adopter face à un malade « suspecté d’être contaminé en période d’alerte pandémique » qu’il s’agisse du virus A/H1N1 ou A/H5N1. Enfin, dans un communiqué de presse du 4 mai dernier, le ministère de la Santé a rappelé qu’un « kit de formation et d’information a été adressé » en avril 2006 à plus de 450 000 professionnels de santé et qu’il invitait fortement les soignants à s’abonner au fil d’information de la Direction générale de la Santé (DGS). Ce communiqué promettait en outre qu’une « plate forme téléphonique à l’attention des professionnels de santé » allait être mise prochainement en place.

Des soignants bien informés ? Première nouvelle !

Côté face, pourtant, cette communication bien huilée n’a pas toujours atteint les principaux intéressés. Les syndicats en ont diversement témoigné : ainsi MG France s’est senti contraint de mettre lui-même en place « une cellule d’accompagnement des professionnels face au risque pandémique du virus de la grippe A », tandis que dans une lettre ouverte à Roselyne Bachelot, l’Union généraliste ne cachait pas sa colère. « Vous savez sans doute que les petits soldats généralistes sont armés d’un kit grippe aviaire périmé et n’ont même pas accès dans la pharmacie la plus proche, à une boîte d’antiviral », écrivait notamment début mai la branche généraliste de la Fédération des médecins de France (FMF). Par ailleurs, les journaux ont relayé les témoignages de ces médecins désemparés regrettant de ne pas avoir reçu une information individualisée. Ainsi, le Point publiait le 5 mai un reportage où l’inquiétude des praticiens était apparente : « Je suis un peu inquiète de n’avoir reçu aucune information » déplorait ainsi une généraliste d’Ajaccio.

44 % des professionnels de santé ne se sentent pas prêts !

Pour pallier à l’insuffisance du ministère de la Santé, les praticiens se sont souvent retournés vers les publications spécialisées (et notamment vers le JIM comme en a témoigné le succès sans précédent des articles dédiés à la grippe A) à l’instar du docteur José Estrach de Bordeaux qui signalait au Point : « J’ai été informé par les médias, notamment par des publications spécialisés. Le ministère : rien ! C’est minable… ». Conséquence de ce défaut d’information et de formation officielles, les professionnels de santé ne sont qu’une toute petite majorité à se déclarer prêts à prendre en charge des grippes A (H1N1). Le sondage réalisé sur notre site auprès de 404 lecteurs du 27 avril au 10 mai révèle en effet que 45 % des professionnels de santé s’affirment suffisamment préparés pour prendre en charge des patients éventuellement infectés par la nouvelle souche grippale, tandis que quasiment la même proportion (44 %) avoue leur impuissance et que 11 % indiquent ne pas pouvoir se prononcer, probablement en raison de la méconnaissance de la marche à suivre, au-delà de la question de la prise en charge médicale proprement dite.

L’OMS craint l’apparition de résistances aux antiviraux

Ces résultats sont relativement inquiétants, notamment parce que contrairement à ce que laisse supposer la fin de la fièvre médiatique, la grippe A (H1N1) reste une menace à prendre au sérieux. Ainsi, 5 251 cas ont désormais été confirmés par l’OMS, dont 61 mortels. Si les Etats-Unis sont officiellement le pays le plus touchés, avec 3 009 malades recensés, le Mexique pourrait être en réalité bien plus sévèrement frappé. L’OMS estime en effet que 23 000 personnes pourraient avoir été contaminées dans ce pays. Par ailleurs, la résurgence de l’épidémie dans l’hémisphère nord cet automne, après son passage dans les pays du Sud est d’autant plus redoutée aujourd’hui que l’agence onusienne craint qu’elle ne s’accompagne d’une résistance du virus aux principaux antirétroviraux utilisés.

A.H.

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