CQFD : un cancer du rein symptomatique est de plus mauvais pronostic…

La survie dans le cancer du rein dépend de multiples variables (stade, grade, taille de la tumeur). Ces facteurs individuels ne sont pas les seuls à prendre en compte et, pour favoriser la constitution d’algorithmes mathématiques permettant de prévoir le pronostic  précisément, on a été amené à s’intéresser à d’autres paramètres, dont le mode de détection du cancer.

Depuis la large diffusion du scanner, un grand nombre de tumeurs sont découvertes fortuitement mais les avis divergent sur la moindre gravité des cancers diagnostiqués dans ce contexte. Le présent travail a cherché à comparer le pronostic des cancers du rein symptomatiques (CRS) et de ceux découverts sur un scanner (CRDS).

Il a porté sur 396 cancers du rein opérés entre 1982 et 2001 et suivis régulièrement depuis lors. Il est notable que les 16 malades jugés inopérables avaient tous des CRS. Les néphrectomies ont été totales (382), partielles (12) ou bilatérales (4). Parmi les symptômes ayant permis la découverte des CRS ont été retenus les signes locaux : douleurs lombaires, hématurie  macroscopique (présente dans près de la moitié des cas), masse palpable, et les signes généraux : asthénie, amaigrissement, douleurs osseuses, fièvre au long cours, hypertension artérielle. Le délai entre l’apparition de ces symptômes et l’intervention ainsi que le stade, le grade, la taille de la tumeur et l’état général du malade ont été notés. Au cours du suivi moyen de 6 ans, il y a eu 155 décès, dont la cause n’a pas toujours pu être rapportée formellement au cancer.

Sur les 396 malades, 134 (1/3) avaient des CRS et 262 (2/3) CRDS. Alors que la proportion des CRDS n’a cessé d’augmenter, le délai entre les premiers symptômes et l’intervention chez les CRS a nettement diminué (de 3 mois avant 1989 à 2 mois depuis 1990). On a parallèlement observé  une régression de la taille des tumeurs (de 7 à 6 cm de diamètre moyen). Les tumeurs de stade avancé (III et IV) ont été beaucoup plus souvent rencontrées (61 vs 30%) chez les CRS que les CRDS, le grade étant également plus élevé (sans surprise) chez les CRS. La survie globale à 10 ans a été significativement meilleure dans les CRDS que dans les CRS (90 vs 60 %). Les symptômes généraux (fièvre, amaigrissement, douleurs osseuses) ont eu une valeur encore plus péjorative que les signes locaux.

La présence de symptômes est donc un facteur pronostique indépendant, au même titre que le stade, la taille, le grade , l’altération de l’état général, l’intervalle entre le début des symptômes et l’intervention, ou l’envahissement lymphatique. Ce qui n’est guère étonnant.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Kawaciuk I et coll. : Influence of tumour-associated symptoms on the prognosis of patients with renal cell carcinoma. Scand J Urol Nephrol., 2008;42:406-411.

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