Autisme : des progrès… mais la marge de progression reste très grande

Paris, le lundi 18 mai 2009 – Quel bilan peut-on tirer un an après que le gouvernement ait mis en place un plan autisme destiné à améliorer significativement la prise en charge des patients ? Les professionnels de santé et les représentants des associations de malades ont choisi ce week-end la date anniversaire du programme pour se livrer à une première analyse. Il apparaît que les critiques qui avaient prévalu lors de la présentation du plan autisme 2008-2010 demeurent. Ainsi, tous sont d’accord pour regretter la faiblesse des moyens débloqués. « Le plan prévoit des sommes dérisoires (187 millions d’euros) qui ne sont pas à la hauteur des enjeux » a ainsi observé sans appel le professeur de pédopsychiatrie à la faculté de médecine de Lille II Pierre Delion. Cette insuffisance est notamment liée au fait que le gouvernement s’est appuyé sur une estimation minimale des besoins. Ainsi, a-t-il considéré qu’une place dans un centre adapté pour un enfant autiste représentait exactement le même coût que la prise en charge d’un enfant déficient intellectuel, or « l’enfant autiste a besoin d’un encadrement plus important » rappelle Mireille Lemahieu, présidente d’Autisme-France. De même, l’année dernière déjà, les associations et les professionnels avaient estimé que les 4 100 places d’accueil promises seraient largement insuffisantes pour combler les besoins. Cette critique reste d’actualité. « Beaucoup d’enfants vont encore en Belgique se faire soigner (…). Il faut se rendre compte de l’ampleur qu’a ce phénomène dans nos sociétés contemporaines » note le professeur Delion. Avec moins de réserve, Mireille Lemahieu juge pour sa part que « le nombre de places donné est ridicule ».

L’approche psychiatrique encore trop souvent privilégiée en France

Si les spécialistes et les familles s’accordent sur la faiblesse des moyens et des ambitions du plan 2008-2010, leurs dissensions concernant les modalités de prise en charge et notamment la place qui doit être accordée à la psychiatrie demeurent. Sur ce point, les associations regrettent toujours que le programme gouvernemental n’ait pas tranché sur ce point. « Alors que le monde entier est d’accord pour dire que l’autisme est un handicap et qu’on doit privilégier l’éducatif, l’approche psychiatrique continue d’être soutenue en France » a ainsi regretté Mireille Lemahieu, dans des termes qui rappellent l’indignation qui prévalait déjà l’an dernier.

Prise de conscience

Cependant, le bilan n’est pas totalement sombre. Tous reconnaissent en effet que le plan gouvernemental a créé une véritable impulsion, une prise de conscience attendue et salutaire. « Les gens sont plus mobilisés » a ainsi remarqué le professeur Delion, tandis que le docteur Nadia Chabane, pédopsychiatre à l’hôpital Robert Debré confirme : « Il y a une prise de conscience plus nette des décideurs ». Cette reconnaissance est également partagée par ceux-là même qui se montrent les plus critiques quant à l’action du gouvernement en la matière. Ainsi, le président de l’association Léa pour Samy, Mohammed Sajidi concède : « Il y a une prise de conscience autour de l’autisme de la part des professionnels et du gouvernement », mais ajoute : « sauf qu’on ne prend pas les décisions qui s’imposent ».

A.H.

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