L’albuminurie, prédictive du diabète de type 2

Le diabète de type 2 est le plus souvent asymptomatique à ses débuts, au point que son diagnostic peut être mis en défaut pendant de longues années, jusqu’à l’apparition d’une maladie cardiovasculaire (MCV) patente qui met un terme à cette phase de latence. L’augmentation de la prévalence et de l’incidence de ce diabète est à la fois nécessaire et suffisante pour justifier le développement de stratégies préventives, visant clairement à minimiser l’impact du diabète de type 2 au niveau individuel, collectif et économique, à une époque où la réduction des dépenses de santé est une priorité absolue. Des essais récents ont d’ailleurs démontré que le risque d’apparition de cette forme de diabète pouvait être diminué par une amélioration de l’hygiène de vie et le recours à certains antidiabétiques actifs per os. Le recours à de telles stratégies thérapeutiques suppose d’identifier le plus précisément et le plus tôt possible les sujets exposés à un risque élevé de diabète.

Certes, les antécédents familiaux, l’obésité ou l’augmentation de la circonférence abdominale sont des facteurs de risque valables, mais d’autres variables notamment biologiques, telles l’albuminurie méritent d’être étudiées de prés. Cette dernière semble être d’ailleurs capable de prédire le développement  à long terme d’un diabète de type 2, ce que suggèrent certaines études de cohorte prospective, sans que la relation en question soit pour autant parfaitement connue, en intégrant tous les facteurs de confusion potentiels.

A cet égard, l’albuminurie permet-elle de prévoir le développement d’un diabète, indépendamment d’un syndrome métabolique, notamment chez la femme ?

C’est à cette question que répond une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 4 074 patients, âgés de 30 à 64 ans, non diabétiques à l’état basal. L’analyse statistique n’a finalement porté que sur 3 851 patients. Au terme d’un suivi de 9 ans, un diabète est apparu chez 171 des sujets (dont 132/2 056 hommes et 39/1 795 femmes)  qui sont allés jusqu’au terme de l’étude. L’albuminurie a été associée au diabète de manière « dose-dépendante » uniquement chez les hommes, le risque relatif (RR) étant compris entre 1,81 et  4,43, selon les valeurs de l’albuminurie (en mg/l) (9-12 à 20-200 vs < 9), ceci après ajustement pour les facteurs de confusion suivants : indice de masse corporelle, activités sportives, tabagisme, circonférence abdominale, insulinorésistance, profil lipidique, CRP et antécédents familiaux de diabète.

La relation a été renforcée par l’exclusion des patients atteints de troubles de la glycorégulation à l’état basal, le RR étant alors compris entre 3,28 et 9,23.

Aucune relation de ce type n’a été mise en évidence pour les femmes.

En conclusion, l’existence d’une albuminurie élevée semble être à même de prédire le risque de diabète de type 2 chez l’homme, indépendamment des anomalies biologiques basales ou encore d’une insulinorésistance.

Dr Philippe Tellier

Référence
Halimi JM et coll. : Urinary albumin excretion is a risk factor for diabetes mellitus in men, independently of initial metabolic profile and development of insulin resistance. The DESIR Study. Journal of Hypertension 2008; 26: 2198-206.

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