La Santé menacée par des dérives sectaires

Paris, le mardi 19 mai 2009 – La Mission interministérielle de vigilances et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) persiste et signe. Déjà, l’année dernière, son rapport avait épinglé certaines dérives sectaires observées dans le domaine de la santé et notamment dans le champ de la psychothérapie. Dans son dernier bilan, rendu public hier, la Miviludes va jusqu’à consacrer un « dossier central axé sur le risque santé, et plus particulièrement sur le dévoiement des pratiques thérapeutiques ».

Psychologie quantique !

Le constat de la mission concerne tout d’abord la forte augmentation « du besoin d’accompagnement psy ». Il cite en guise d’exemple la création du « ticket psy », présentée comme une « prestation destinée aux salariés en souffrance ». Rappelant les critiques qu’a suscité la mise en place de ce dispositif, la Miviludes ajoute : « un détournement (…) n’est pas à écarter : manipulation des bénéficiaires, au demeurant volontaires, pour faciliter des licenciements voire des reconversions professionnelles dans les métiers liés aux mouvances à caractère sectaire ». Puis, les experts de la mission s’intéressent à la diversité anarchique des approches psychothérapeutiques proposées, qui vont de l’analyse transactionnelle jusqu’au tarot psychologique en passant par les fleurs de Bach, le jeûne ou encore la psychologie quantique ! Face au caractère plus que fantaisiste de ces méthodes, la Miviludes constate avec logique : « La largeur et l’hétérogénéité de l’éventail proposé illustrent la difficulté pour les institutions mais plus encore pour les particuliers d’un choix éclairé de la technique et du praticien ». La Miviludes poursuit son chemin en s’intéressant à la formation des psychothérapeutes. Elle en dresse ce panorama : « Trois catégories de professionnels interviennent dans le domaine des psychothérapies. Cette population, sur la base d’évaluations convergentes, concerne environ 15 000 praticiens (…) [et] se répartit entre : 10 à 15 % de titulaires d’un doctorat en médecine (…), 25 % à 30 % de psychologues formés sur les bancs des facultés de sciences humaines et en possession de masters en psychologie clinique, 15 à 20 % de psychanalystes bénéficiant d’un encadrement et d’une régulation par leurs pairs et 25 % à 30 % de professionnels se déclarant psychothérapeutes, se réclamant de disciplines diverses et avec des parcours de formation hétérogène ». Bref, pour la Miviludes, jusqu’à plus d’un quart des psychothérapeutes font état d’une formation sujette à caution. Cette large proportion souligne une nouvelle fois l’importance de procéder à une véritable réglementation de la profession, mais le dispositif initié en 2004 est jusqu’alors demeuré « inachevé », comme le regrettent les auteurs du rapport.

Les cancers : des maladies de l’esprit !

Dans un second temps, la Miviludes se concentre plus certainement sur « la dérive psychothérapeutique et l’emprise sectaire ». Elle rappelle tout d’abord les signes qui doivent alerter, identifiés par la psychologue clinicienne Delphine Gérard, dans un article paru dans le Journal des psychologues il y a quelques mois. « Cinq caractéristiques sont identifiables », cite la Miviludes :
« - Position de toute puissance et de tout pouvoir du thérapeute : dans une démarche inquisitrice
grâce à la suggestion et à sa force de persuasion, le thérapeute recherche la vérité pour guérir. Il adopte une position interventionniste de justicier et propose des solutions.
– Injonction de rupture avec la famille comme dévoiement de la notion d’autonomie.
–Embrigadement théorique : « la théorie » n’est pas à considérer comme un ensemble d’hypothèses à interroger, mais sacralisée, elle explique tout et marche à tous les coups ».
– Atteinte à l’intégrité psychique des patients : dans l’urgence, avec insistance, sans précaution ni délicatesse, les interventions font intrusion dans la psyché.
– Instauration d’une relation d’emprise : dans une sorte de fusion, sans dégagement possible, le thérapeute entraîne l’autre dans un processus destructeur de singularité. Le patient est transformé en objet se retrouve dans une dépendance aliénante
».

La mise en évidence de ces signes inquiétants a pu être faite face à « la nouvelle médecine germanique ». Il s’agit d’une doctrine, proposée par le docteur Ryke Geerd Hamer, qui affirme notamment que « les cancers naissent de graves conflits psychologiques non résolus parce que non identifiés et enfouis dans l’inconscient du malade ». La Miviludes cite comme autre exemple la technique des « faux souvenirs induits » qu’elle avait déjà épinglée l’année dernière et qui continue de l’inquiéter à la faveur de nombreux nouveaux témoignages depuis la publication de son précédent rapport.

Effort du ministère de la santé

Si la Miviludes a choisi de consacrer une large part de son rapport annuel à la santé, c’est non seulement pour alerter sur la dérive sectaire de certaines méthodes de psychothérapie, mais aussi pour émettre des recommandations (concernant notamment la formation des praticiens et le recensement des méthodes et pratiques) mais aussi pour féliciter le ministre de la Santé de s’être plus certainement engagé dans ce domaine. La mise en place d’un groupe d’appui technique est notamment saluée.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Psychothérapie et secte

    Le 20 mai 2009

    L'analyse de cette question achoppe toujours sur deux points fondamentaux à l'œuvre dans une psychothérapie quelle qu’elle soit : le transfert et son corollaire la terrible aptitude des humains à la servitude volontaire. A mon sens et bien que maintenant fortement décriée, la psychanalyse est la seule discipline à avoir pensé ces deux problématiques jusqu'au bout. D'où le fait que la psychanalyse fonde une éthique de la relation à l'autre dans laquelle le sujet du savoir sur la souffrance psychique n'est pas le thérapeute mais le patient. Le thérapeute n'est qu'un passeur, un accompagnant.
    Toute méconnaissance (le plus fréquemment) ou toute manipulation du transfert conduit donc peu ou prou à des tentations de dérives "sectaires".
    Mais reconnaître le transfert pour ce qu'il est, c'est aussi s'exposer à beaucoup de solitude...

    Dr Thierry Vincent
    Psychiatre, psychanalyste

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