Un faible niveau de pollution est déjà délétère pour la santé

Une des rares études ayant examiné les relations à court terme entre pollution de l’air et morbidité en s’appuyant sur les diagnostics posés par des médecins généralistes ne limite pas cette morbidité aux maladies cardio-respiratoires et attire l’attention sur d’autres symptômes et affections, jusque-là rarement associés à la pollution atmosphérique.

L’étude en question est française. Menée entre 2000 et 2006 par l’Institut de veille sanitaire, elle a impliqué SOS Médecins, à Bordeaux et dans 21 villes de plus de 600 000 habitants de la région bordelaise, avec des degrés d’urbanisation et d’exposition aux polluants homogènes.

Les mesures par le réseau local de surveillance de la qualité de l’air en Aquitaine (AIRAQ) des niveaux journaliers de dioxyde d’azote (NO2), d’ozone (O3) et de particules de diamètre inférieur à 10 µm (PM10) ont été confrontées aux données intéressant le nombre journalier de visites dans cette même région pour maladies des voies respiratoires supérieures et inférieures, asthme, céphalées et asthénie, éruptions cutanées et conjonctivites, extraites de la base de données de SOS Médecins.

Au cours des 7 années d’étude,  895 710 visites ont été effectuées, soit une moyenne journalière de 350 visites. L’excès de risque relatif (ERR) pour chacun des indicateurs sanitaires choisis a été évalué, après ajustements sur nombre de facteurs confondants potentiels et les tendances saisonnières (température ambiante, périodes d’épidémies de grippe, données de surveillance pollinique, jours fériés…).

L’analyse met en évidence, dans une population de patients dont 15,5 % étaient âgés de moins de 15 ans et 15,7 % de plus de 65 ans, des associations positives, significatives, entre pollution de l’air et quasiment tous les indicateurs sanitaires étudiés.

Chaque accroissement de 10 µg/m3 des niveaux de polluants était associé, dans un modèle construit pour un décalage moyen de 0 à 3 jours, à une augmentation du risque relatif de visite :

- pour maladies des voies respiratoires hautes (EER =1,5 % ;  IC à 95 % 0,3-2,7) et basses (ERR = 2,5 % ; 0,5-4,4), le risque étant associé au NO2 et aux PM10, avec un décalage pouvant atteindre plus de 15 jours ;
- pour céphalées ou asthénie (3,5 % ; 1,3-5,9), le risque étant associé au NO2, aux PM10 et à l’ozone ;
- pour éruptions cutanées et conjonctivite (3,2 % ;  -0,2 ; 6,8), le risque étant associé à l’élévation des PM10 et de l’ozone.

En revanche, il n’a été mis en évidence, dans cette étude, ni association entre asthme et les indicateurs de pollution atmosphérique étudiés ni association entre le risque de visite à domicile pour maladies respiratoires et ozone.

L’analyse selon les classes d’âge laisse apparaître un risque relatif estimé de visites pour infections respiratoires, hautes et basses, plus élevé chez les sujets âgés, notamment pour les infections des voies respiratoires.

La région bordelaise est considérée comme modérément polluée, les niveaux de NO2 et de PM10 mesurés y sont largement inférieurs aux seuils français, de 40 µg/m3, les niveaux de PM10 étant légèrement supérieurs à ceux des seuils recommandés en 2005 par l’OMS (20 µg/m3). Cette étude, forte de données de santé reflétant l’activité de médecins généralistes, enregistrées et codées après chaque visite par les médecins eux-mêmes, suggère, et les auteurs insistent sur ce point, même dans une région où les niveaux de polluants sont proches des recommandations européennes de qualité de l’air, un nombre élevé de visites à domicile attribuables à la pollution de l’air.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Larrieu S et coll. Are the short-term effects of air pollution restricted to cardiorespiratory diseases ? Am J Epidemiol, 2009;15: 1201-8

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