Maison de retraite : les dénonciations restent, la maltraitance aussi

Paris, le mercredi 27 mai 2009 – La dénonciation des conditions souvent scandaleuses dans lesquelles les personnes âgées sont hébergées dans les maisons de retraite reste une marotte éditoriale et médiatique gage de succès. Parmi les nombreux exemples de témoignages filmés ou écrits évoquant le quotidien de ces établissements ayant rencontré une audience importante, on se souvient au printemps 2007 de la publication de l’ouvrage de Jean-Charles Escribano, infirmier libéral, qui signait un récit au titre sans ambages « On achève bien nos vieux ».  Alors que la parution de son témoignage coïncidait avec la présentation par le gouvernement du plan « Bientraitance/Maltraitance », Jean-Charles Escribano rappelait que selon l’Association des directeurs des établissements hébergeant des personnes âgées (ADEHPA), 5 % des maisons de retraite devraient être fermées en raison du traitement indigne des résidents. Il insistait par ailleurs sur la pénurie de moyens, notamment humains, qui fait, selon lui, le lit de la maltraitance. Il apparaît en effet que la violence volontaire n’est pas la principale forme de maltraitance qui s’exerce à l’encontre de nos aïeux hébergés en maison de retraite : la négligence en est une bien plus fréquente. Ainsi, décrivait-il les cas récurrents de personnes âgées condamnées à attendre pendant de longues heures avant qu’une aide -soignante ou une infirmière puissent être disponibles pour changer un vêtement souillé d’urine ou contraintes de demeurer dénudées dans une chambre où la fenêtre est restée grande ouverte. Plus encore que la souffrance ainsi imposée aux personnes âgées, ce qui apparaissait particulièrement marquant dans son ouvrage était la rapidité avec laquelle les personnels semblaient s’habituer à des conditions de travail les empêchant de veiller avec « humanité » sur les pensionnaires. Cette situation mettait en évidence la nécessité de s’intéresser plus précisément à l’évaluation de la maltraitance dans toutes les maisons de retraite et non pas uniquement dans les établissements connus pour leurs dysfonctionnements : malheureusement ces données manquent encore.

Vingt toilettes en une matinée

Aussi, ne fallut-il attendre qu’un an avant qu’un nouveau reportage ne mette en évidence les mêmes dérives : des personnels acculés ne prenant plus le temps de prendre en charge avec dignité les plus vulnérables. Le documentaire choc avait été diffusé en octobre dernier sur France 2 dans le cadre de l’émission « Les infiltrés ». Il mettait en évidence une nouvelle fois le manque de personnel obligeant les soignants à accélérer les cadences et à réaliser par exemple une vingtaine de toilettes par personne en une seule matinée. Le tutoiement et l’absence totale de prise en considération des aïeux semblaient par ailleurs faire partie du quotidien des personnels. L’indignation qui avait suivi la diffusion du reportage avait été accompagnée de son lot de révélations fracassantes. Certains spécialistes avaient ainsi affirmé que des situations proches se retrouvaient dans une majorité d’établissements.

Même les riches ne sont pas épargnés !

Le fracas suscité par l’ouvrage à succès de Jean-Charles Escribano et plus encore par le reportage de France 2 aurait pu susciter une telle prise de conscience que la publication de témoignages édifiants sur la situation des maisons de retraite n’aurait plus été nécessaire. Las, un nouvel ouvrage vient d’être publié. Il est signé d’un infirmier ayant exercé pendant cinq ans dans un établissement très coûteux de la capitale. Intitulé « Elle te plaît, ta chambre maman », l’ouvrage révèle comment l’argent n’offre aucun gage de voir les personnes âgées prises en charge avec soin et respect. En effet, les mensualités très élevées dont s’acquittent les pensionnaires (entre 5 à 6 000 euros) n’ont pas incité les propriétaires à engager des soignants en nombre suffisant. Aussi, là encore, les toilettes bâclées, les personnes âgées devenant incontinentes à force de ne pas être conduites aux toilettes en temps voulu et les mornes après-midi passées devant la télévision sont la règle. William Réjault, l’auteur, étaye son récit de certains partis pris sans appel : pour cet infirmier qui avait pourtant choisi d’exercer auprès des plus vieux et qui a cependant décidé d’abandonner son métier pour quelques mois « il existe une cruelle disparité entre les discours et la réalité du terrain ». A l’instar de Jean-Charles Escribano, c’est selon lui le manque de personnel qui doit être en priorité combattu pour permettre à la maltraitance de disparaître.  « La maltraitance, c’est ma thèse, est liée dans 95 % des cas à un déficit en personnel, à un manque de formation de ce personnel », juge-t-il en effet. Outre son constat au vitriol, William Réjault propose aux personnes âgées et à leur proche un petit guide pratique pour les aider dans le choix d’une maison de retraite « idéale ». La Fédération des hôpitaux de France (FHF) met également en place des outils permettant l’évaluation des maisons de retraite. Elle proposera ainsi à partir de novembre une grille permettant de connaître pour un millier d’établissements, différents indicateurs parmi lesquels le taux moyen de perte d’autonomie des résidents, ou encore le taux d’encadrement des pensionnaires. Pour la FHF, comme pour les infirmiers écrivains, c’est en effet le nombre de personnel qui est toujours révélateur de la qualité de la prise en charge.  Avec un ratio moyen de 0,3 soignant par lit, il semble en effet impossible d’offrir aux plus âgés le loisir d’être bien lavé, bien nourri… et bien traité. Et même dans les établissements les mieux lotis où le taux est de 0,6 professionnel par personne « on n'applique pas toutes les recommandations de la Direction générale de l'action sociale, sans parler de l'objectif du plan solidarité grand âge d'un agent par résident pour les personnes âgées très dépendantes », dénonçait récemment la FHF.

A.H.

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Vos réactions (4)

  • La maltraitance "obligatoire" dans les maisons de retraite françaises

    Le 27 mai 2009

    Oui, il y a pénurie de personnel aide soignant et infirmier dans la plupart des établissements, même les plus chers. Les budgets et les dotations sont insuffisants, mais aussi ce personnel est mal considéré, mal payé, toujours sur la touche. Tous les « critiqueurs » médiatiques et politiques devraient vraiment passer une ou deux journées à suivre une A.S. dans une maison de retraite provinciale pour comprendre…Au fond, tout le monde hurle mais personne n'est prêt à donner de sa poche (un impôt spécial par ex.) pour financer correctement ce problème. Les médias lâchent leurs chiens régulièrement et se donnent bonne conscience en accusant les cas de maltraitance qui ont pu être observés...Viendra un temps où personne ne voudra travailler dans ces conditions et les familles devront se débrouiller ou les vieux mourir seuls et sales... Expérimenté dans ce domaine, je suis moi aussi écoeuré et découragé !

  • La boucle horrible est bouclée

    Le 28 mai 2009

    Les premiers maltraitants de France sont les organismes payeurs qui n'accordent pas des prix suffisants pour l'emploi de personnels qualifiés. Comme ces organismes payeurs sont également chargés de réprimer la maltraitance qu'ils ont ainsi créée, la boucle horrible est bouclée. Il ne s'agit plus que de trouver quelques boucs émissaires pour distraire l'attention et garder bonne conscience.

    Michel Alix

  • Un jour...

    Le 28 mai 2009

    Oui, la maltraitance est dû en partie à la mauvaise formation des employés, bien souvent à la jeunesse du personnel, aux personnels stressés qui ne tiennent pas le rythme, bousculés et mal payés en plus d'être mal formés.
    Ce n'est pas une raison. Un jour vous serez vieux aussi.

    Jacques Lucas

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