Vers une psychiatrie sans psychothérapie ?

Dans son courrier des lecteurs, Archives of General Psychiatry réactive le débat sur « une psychiatrie sans psychothérapie ». Un article antérieur [1] soulignait un « déclin significatif du recours aux psychothérapies par les psychiatres en cabinet » (office-based psychiatrists) aux États-Unis. Repli évalué à –16 % en une dizaine d’années, la part des psychothérapies passant d’environ 45 % à 29 % dans l’offre de soins psychiatriques, entre 1996 et 2005.

Observant un parallèle entre ce recul et l’augmentation des prescriptions médicamenteuses, les auteurs évoquent à ce propos une sorte de « décalage culturel » entre les générations de professionnels, plus ou moins rompus aux techniques de psychothérapies. Mais des lecteurs s’interrogent sur la validité de cette interprétation : est-elle étayée par des constats éprouvés (any empirical support) ? Car contrairement aux auteurs de l’étude précitée, les signataires de cette lettre, trois psychiatres exerçant à l’Université de Colombie britannique (Vancouver, Canada) font un constat opposé : la plupart des praticiens résidents (84 %) considèrent au contraire la pratique de la psychothérapie « comme une composante importante de leur travail et de leur identité de psychiatres ».

D’où la question de savoir si les conceptions des jeunes psychiatres canadiens sont vraiment différentes de celles de leurs confrères des États-Unis, ou si d’autres facteurs pourraient expliquer les divergences constatées, en particulier des modalités de prise en charge par des systèmes de protection sociale distincts ? Ce débat n’est pas sans résonance en France où les actes des psychiatres relèvent de l’assurance-maladie (sécurité sociale et mutuelles complémentaires), contrairement aux actes des psychologues et des psychanalystes, sauf si ceux-ci sont aussi médecins et exercent officiellement à ce titre.

Avec cet effet pervers que l’attente de prise en charge financière suscite parfois une « psychiatrisation » accrue : malgré des honoraires plus élevés, le psychiatre est consulté par certains patients en vue d’un remboursement, même s’ils attendent de lui une approche identique à celle proposée par un psychologue (écoute, thérapie sans traitement pharmacologique).

[1] Mojtabai R et Olfson M : National trends in psychotherapy by office-based psychiatrists. Arch Gen Psychiatry 2008 ; 65 (8) : 962-970.

Dr Alain Cohen

Référence
Hadjipavlou G et coll. : « Psychiatry without psychotherapy ? » Arch Gen Psychiatry 2009 ; 66 (4) : 452.

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