Quand le jeune déprimé résiste au traitement

Des comportements d’auto-agressivité touchent chaque année des milliers de jeunes dépressifs. Une méta-analyse des essais thérapeutiques par la Food and Drug Administration (autorités sanitaires américaines) a montré un taux plus élevé de gestes suicidaires parmi les adolescents impliqués dans des essais randomisés contre placebo. Effet pervers de cette transparence : la publicité donnée à cette étude a suscité une diminution du recours aux antidépresseurs aux États-Unis et un regain possible des suicides chez les jeunes. Mais la réalité de cette recrudescence reste incertaine : les informations permettant d’établir quel patient est concerné par cette majoration du risque d’auto-agressivité restent difficiles à obtenir.

L’interprétation des données épidémiologiques s’avère d’autant plus délicate que les adolescents à l’anamnèse déjà chargée en termes d’auto-agressivité sont rarement inclus dans les essais cliniques, bien qu’ils soient pourtant ceux présentant un risque maximal de passage à l’acte. La difficulté principale consiste donc à déceler des indices de comportement suicidaire, même sous traitement antidépresseur, et à moduler celui-ci en fonction du risque présumé de suicide. Avec la question supplémentaire d’évaluer quand l’on doit changer éventuellement de molécule, devant une résistance confirmée de la dépression au médicament initial.

Commentant l’essai TORDIA (acronyme de Treatment Of Resistant Depression In Adolescents), l’auteur rappelle notamment qu’une attention particulière doit être portée aux adolescents ayant une lourde problématique, en conflit avec leur famille et leurs pairs, et touchant à une drogue ou à l’alcool. L’essai TORDIA offre l’intérêt d’inclure même les adolescents résistants aux antidépresseurs et de ne pas exclure ceux ayant des antécédents d’auto-agressivité ou de tentative de suicide. Et il contribue « hardiment » (boldly) à éclaircir ces questions faisant actuellement débat outre-Atlantique : les antidépresseurs protègent-ils systématiquement contre l’auto-agressivité ou en augmentent-ils parfois le risque, et chez quels patients ? L’étude TORDIA a montré que le suivi systématique des tendances suicidaires permet de déceler des situations à risque chez les adolescents dépressifs. Et –conclusion moins évidente a priori– que même les sujets sans velléité d’autolyse dans leurs antécédents doivent également bénéficier du même suivi attentif que les autres jeunes.

Dr Alain Cohen

Référence
Weissman MM : Teenaged, depressed, and treatment resistant : what predicts self-harm ? Am J Psychiatry (2009) 166-4 : 385-387.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article