Fluoroquinolones et diarrhées infectieuses : trop peu de données

Les diarrhées aiguës infectieuses provoquées par Salmonella typhi  ou Salmonella Paratyphi sont responsables d’au moins 200 000 morts chaque année dans le monde. L’incidence est particulièrement élevée en Asie du Sud Est où elles constituent la principale cause de morbidité des enfants de 2 à 15 ans.

Dans les pays d’endémie, les fluoroquinolones sont recommandées en traitement de première ligne chez les enfants et les adultes. L’impact est important sur la santé publique dans ces pays en voie de développement, tant en terme de coût de traitement qu’en ce qui concerne l’apparition de souches résistantes.

Un haut degré de résistance aux fluoroquinolones est déjà signalé, et bien que les nouvelles molécules apparaissent actives sur des souches résistantes à l’acide nalidixique, tout porte à croire qu’un usage irréfléchi des fluoroquinolones ne conduise rapidement à l’apparition de nouvelles résistances.

Une méta-analyse récente a repris les données de la littérature pour évaluer l’intérêt de cette classe thérapeutique par rapport à d’autres antibiotiques, chloramphénicol, céphalosporines et azithromycine. Les auteurs y relèvent immédiatement une contradiction : alors que les diarrhées infectieuses affectent principalement les enfants, il existe très peu de preuves incontestables de l’intérêt de leur utilisation dans ces classes d’âge.

La comparaison avec le chloramphénicol par exemple n’est retrouvée que dans des essais incluant des adultes, elle ne montre aucune supériorité significative des fluoroquinolones sur les signes cliniques et biologiques. Quelques études semblent montrer la supériorité des fluoroquinolones sur les céphalosporines chez l’adulte, mais les biais méthodologiques les rendent peu exploitables. De même, un seul essai bien mené compare les fluoroquinolones à l’azithromycine chez l’adulte, avec des résultats peu concluants.

Ainsi donc, alors que l’utilisation d’un traitement approprié pour les diarrhées infectieuses de l’enfant est un vrai challenge de santé publique, les essais suffisamment fiables et puissants font cruellement défaut. L’augmentation des résistances et l’utilisation incontrôlée de nouvelles molécules, chez l’enfant notamment, rendent impérative la réalisation de telles études.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Thaver D et coll. : A comparaison of fluoroquinolones versus other antibiotics for treating enteric fever: meta-analysis. BMJ 2009;338:b1865

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