Performance de deux tests immunologiques pour le dépistage de la tuberculose chez les sujets contacts

La tuberculose latente pose de nombreux problèmes diagnostics, que ce soit dans les populations vaccinées par le BCG (pays où l’interprétation d’une intra dermo est parfois discutable), et dans les pays ne pratiquant pas la vaccination. Dans ces derniers, l’intra dermo peut révéler des faux positifs, parfois du fait d’infections par des mycobactéries non tuberculeuses.

Les tests mesurant le relargage d’interféron gamma par les lymphocytes de sujets suspects de tuberculose latente sont de plus en plus utilisés dans les enquêtes de dépistage, notamment dans l’entourage proche de patients malades bacillifères. Ces tests, par exemple : Quantiféron-TB Gold (QST, Cellstis ; Canergie, Vic, Australia) et T-Spot TB (Oxford Immunotec ; Abdington, UK), sont spécifiques de protéines stimulatrices issues de Mycobacterium tuberculosis, soit les protéines ESAT-6 et CPF-10. Les petites études comparant ces kits dans la population générale sont de petite taille, et utilisent parfois les patients comme leur propres témoins au cours d’infections évolutives ou au cours du traitement. Ces tests ont rarement été évalués dans des enquêtes communautaires de dépistage de sujets contacts.

Il s’agit ici d’une étude prospective communautaire, qui suit des guidelines nationaux allemands du dépistage. Ces consignes recommandent de pratiquer ces tests de dosage d’interféron en guise de confirmation, chez les sujets dont l’intra dermo est positive. Cette étude s’est déroulée à Hambourg, ou le taux d’incidence de la tuberculose est le plus élevé d’Allemagne, soit 10,8/100 000 en 2005). Le taux de migrants (avec la variabilité des statut vis-à-vis de la vaccination et des niveaux d’endémie des pays d‘origine que cela suppose) est de 14,2 %, versus 8, 8 % dans le reste de l’Allemagne.

Les cas contacts de malades tuberculeux ont tous étés convoqués dans des centres de dépistage entre décembre 2006 et février 2008, et on leur a proposé de participer à ce protocole : les sujets avec IDR positives bénéficiaient d’un prélèvement sanguin sur lequel on pratiquait les tests QST et T-Spot, ceci dans les 8 semaines suivant le diagnostic du sujet index.

Au total, 2 004 sujets, principalement âgés de 20 à 49 ans ont participés à l’étude, 44 % étaient non vaccinés par le BCG, 48 % étaient des migrants. Huit cent quarante-deux avaient une IDR  positive et il n’y avait pas de contacts considérés comme immunodéficients.

Le tableau suivant présente les résultats des tests sanguins chez les patients dont l’IDR était positive. Dans l’article, il est précisé qu’il existe une linéarité entre la taille de l’IDR et la positivité des test quantifiant l’interféron. Les résultats discordants se retrouvent principalement pour les taux bas, proches des valeurs seuils de l’interféron.

Le taux d’interféron dosé était plus élevé lorsque le sujet index était bacillifère, lorsque le contact avait été plus long que 8h (les contacts durant plus de 40h induisant des taux d’interféron gamma 6 fois plus élevés que les contacts < ou = 8h), et lorsque le sujet index toussait.

Tableau

IDR positive  QFT positif   T-Spot positif  2 tests positifs    Discordance    
Tous sujets
IDR>15mm
245 (30,2 %) 
68 (88,3 %)
233 (28,5 %)
67 (87 %)  
214 (26,4 %)
67 (87 %)
50 (6,2 %)
1 (1,3 %)
Non vaccinés
IDR>15mm
146 (40,7 %)
38 (97,4 %)
140 (39 %)
38 (97,4 %) 
133 (37 %)
38 (97,4 %) 
20 (5,6 %)
0 (0 %)
Vaccinés
IDR>15mm    
99 (21,9 %)
30 (78,9 %)
93 (20,5 %)
29 (76,3 %) 
81 (17,9 %)
29 (76,3 %) 
30 (6,6 %)
1 (2,6 %)


L’analyse multivariée recherchant une corrélation significative entre divers facteurs de risque et la positivité des tests sanguins, a identifié comme facteurs de risque indépendants : l’âge avancé, l’origine migrante, le sujet index bacillifère, le sujet index tousseur, la durée de contact supérieure à 40 heures. La durée de contact inférieure à 40 heures était un facteur de risque si le sujet index était bacillifère, et/ou tousseur, la relation était significative même pour des durées inférieures ou égales à 8 heures.

La concordance des deux tests est apparue bonne (93,9 %), avec les valeurs seuils de 0,35 UI/ml pour QST et six spots pour T-Spot, la concordance augmentant lorsqu’on choisissait des valeurs seuils plus élevées.

Les méta-analyses comparant T-Spot et QST ont été faites jusqu’à présent chez des malades, et non pas dans un contexte de dépistage de maladie latente, et il y semblait que T-Spot était plus sensible et moins spécifique.  Si on considère, avec les chiffre de cette enquête, qu’un patient est porteur d’une tuberculose latente si ses 2 tests sanguins sont positifs, alors la spécificité de l’intra-dermo est faible (64,5 %).

Au vu de ces données, les auteurs pensent poursuivre leur activité dans ce centre anti tuberculeux en continuant d’appliquer les recommandation du Centre d’Excellence Allemande et débuter un traitement pour tuberculose latente en se basant sur une IDR positive > 5 mm et un test sanguin positif, sans paraître préférer un des kits plutôt que l’autre, mais en soulignant que la bonne connaissance des dossier est nécessaire à l’interprétation des résultats.

Dr Isabelle Herry

Référence
Diel R et coll. : Comparative performance of tuberculin skin test, quantiferon TB-Gold In Tube Assay, and T-Spot. TB Test in contact investigation for tuberculosis. Chest 2009; 135; 1010-1018.

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