Le masque en prévention cardiovasculaire ?

On le sait, la pollution de l’air par l’émission de particules liée au trafic routier, est un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiorespiratoire. Porter un masque pour se protéger de l’exposition à ces particules permet-il de diminuer ce risque ? Une équipe sino-néerlando-écossaise a évalué l’intérêt de cette mesure dans la ville de Pékin, où les concentrations moyennes de particules excèdent les recommandations [celles des PM10*, d’environ 150 µg/m3, par exemple, dépassaient en 2006, 241 jours sur 365, les concentrations recommandées par l’OMS (moins de 50 µg/m3)] et où le nombre de véhicules motorisés ne cesse d’augmenter.

L’étude ouverte, randomisée contrôlée, avec crossover, a été menée en août 2008 sur 15 volontaires en bonne santé (13 femmes et 2 hommes, âgés de 20 à 45 ans -médiane : 28 ans- IMC de 20,5 [19,3-21,7], non fumeurs. Ces volontaires ont marché, selon un parcours prédéfini, deux heures durant, le matin entre 8 h et 10 h, dans le centre ville de la capitale chinoise, en portant, et en ne portant pas, à une semaine d’intervalle, un masque considéré par les auteurs comme hautement efficace et confortable.

L’exposition personnelle aux polluants de l’air a été mesurée en continu, en temps réel, à l’aide d’un dispositif portable, et les effets cardiovasculaires ont été évalués par enregistrement électrocardiographique et mesure de la pression artérielle (PA).

Les expositions aux PM2,5* [concentration moyenne : 86 (52-120) vs 140 (77-203) µg/m3, respectivement les jours sans et avec masque ; nombre moyen 24 184 (22 061-26 306) vs 23 379 (21 350-25 409)], le nombre de pics de CO*, de NO2* et de SO2*, la température et l’humidité relative n’ont  pas différé significativement entre les deux jours d’étude.

Se fondant sur une pénétrance mesurée de 3,4 %, en supposant une adhésion faciale parfaite du masque, les auteurs ont estimé que le nombre de particules auxquelles les sujets étaient exposés en portant le masque était diminué à 795 (726-864) particules/cm3.

Lors de la marche de deux heures en centre-ville, au cours de laquelle il n’a pas été observé de différence d’intensité d’exercice physique entre le jour avec masque et celui sans, la PA est demeurée plus basse lorsque les participants portaient le masque (114 ± 10 vs 121 ± 11 mmHg ; p < 0,01), alors que la fréquence cardiaque n’a pas varié (91 ± 11 vs 88 ± 11/min ; p > 0,05). L’analyse sur 24 heures met en outre en évidence une variabilité accrue du rythme cardiaque lorsque le masque était porté.

Ces résultats laissent supposer, que cette intervention simple, le port du masque, pourrait réduire des effets cardiovasculaires nocifs de la pollution de l’air en milieu urbain fortement pollué. Mais l’efficacité du filtre, sur le masque en place, n’a pu être évaluée précisément, et la possibilité de fuites mène à une sous-estimation des expositions prédites. De plus, l’étude n’a inclus que des volontaires en bonne santé et non des sujets appartenant aux groupes les plus sensibles aux effets de la pollution de l’air (sujets atteints de maladie coronarienne, par exemple). Ces observations restent à confirmer et leur caractère extrapolable aux sujets les plus susceptibles aux polluants aéroportés à déterminer.

* CO : monoxyde de carbone ; NO2 : dioxyde d’azote ; PM2,5 :  particules de diamètre inférieur à 2,5 µm ; PM10 : particules de diamètre inférieur à 10 µm;  SO2 : dioxyde de soufre.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Langrish JP et coll. : Beneficial cardiovascular effects of reducing exposure to particulate air pollution with a simple face mask. Particle and Fibre Toxicology, Publication en ligne, 13 mars 2009.

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