L'aphasie, séquelle d'un accident vasculaire cérébral (AVC) peut
altérer profondément la qualité de vie. La prise en charge
orthophonique est un élément essentiel de la récupération mais il
n'existe toujours pas de traitement médicamenteux facilitant
celle-ci malgré les nombreux essais thérapeutiques entrepris depuis
plusieurs décennies. Les raison de ces échecs peuvent être liées à
des méthodologies inadaptées mais aussi à la variabilité de la
récupération qui dépend des lésions mais aussi des patients. Dans
Annals of Neurology vient d'être publié un travail de qualité
montrant un possible intérêt de la mémantine chez ces
patients.
Vingt-huit patients adultes aphasiques à la suite d'un AVC
depuis au moins un an ont été inclus dans cette étude randomisée en
double aveugle, mémantine 20 mg versus placebo, le but de cet essai
étant de vérifier l'intérêt de la mémantine chez des patients
bénéficiant d'une rééducation intensive. Les patients ont d'abord
été traités médicalement pendant quatre mois, puis ont
eu une rééducation intensive du langage (CIAT,
Constraint-Induced Aphasia Therapy) pendant deux semaines et
ensuite de nouveau le traitement médical sans rééducation
pendant deux semaines. Puis les malades ont été sevrés de
traitement pendant les l4 semaines suivantes. Enfin, la mémantine a
été proposée à tous les patients en ouvert avec un suivi pendant
six mois. Les participants ont été évalués avec la Western Aphasia
Battery-Aphasia Quotient (WAB-AQ) et la Communicative Activity Log
aux semaines 16, 18, 20, 24, et 48.
De meilleurs résultats ont été observés dans le groupe mémantine
versus placebo avec l'échelle WAB-AQ (semaine 16, p < 0, 002;
semaine 18, p < 0,0001; semaine 20, p <0,005) et après le
wash out semaine 24 ( p < 0,041). Plus précisément,
l'amélioration dans le groupe mémantine a porté sur ces différents
domaines : discours spontané, compréhension verbale, dénomination.
Ce bénéfice au niveau des scores WAB-AQ en faveur de la mémantine
s'est maintenu dans le suivi au long cours. Les scores de l'échelle
Communicative Activity Log étaient améliorés dans le groupe
mémantine à la semaine 18 ( p<0,04).
Cette étude démontre l'intérêt de combiner la mémantine à la
rééducation intensive. Mais ses résultats sont-ils suffisants pour
envisager d’administrer la mémantine chez ces patients? Il vaut
mieux être prudent car la méthodologie de ce type d'essai n'est pas
encore validée et des études antérieures ont déjà rapporté
l'efficacité de produits dopaminergiques ou des bêta bloquants mais
leurs résultats n'ont jamais été confirmés. Il est devient
urgent de se donner réellement les moyens de démontrer l'efficacité
de médicaments chez les aphasiques comme nous avons pu le faire
pour les patients amnésiques.
Dr Christian Geny
Berthier ML et coll. Memantine and Constraint-Induced Aphasia.Therapy in Chronic Poststroke Aphasia. Ann Neurol 2009; 65: 577–585
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