Epilepsie et Alzheimer, des relations complexes

Au cours de la maladie d’Alzheimer, la survenue de convulsions est considérée comme secondaire à la dégénérescence des réseaux nerveux. Des recherches récentes tendent à prouver que l’hyperexcitabilité neuronale est un mécanisme d’amont qui peut contribuer au déficit cognitif.                                                                                                                                        

La fréquence des manifestations épileptoïdes diffère selon les formes de la maladie, puisque on estime que 7 à 21 % des patients atteints de formes sporadiques ont présenté au moins une crise spontanée durant l’évolution du processus, alors que c’est le cas pour 3 à 87 % des malades, avant le début de la démence, lorsqu’il s’agit d’une forme autosomale précoce.

Les derniers travaux portant sur les relations entre convulsions et affection dégénérative ont été menés sur des modèles animaux validés (souris et rat), dans le cadre d’expérimentations dont les similitudes avec la physiopathologie humaine sont bien établies.

Dans la maladie d’Alzheimer, le rôle de l’accroissement des taux de peptides β amyloïdes (Aβ) est connu. Or, les expérimentations ont montré qu’un excès de ces peptides Aβ suffit à induire une activité épileptiforme, même à un stade précoce, en l’absence de dégénérescence neuronale patente. Cette activité convulsivante déclenche à son tour plusieurs réponses inhibitrices compensatrices. Ainsi, les influx épileptogènes augmentent l’inhibition synaptique et provoquent des altérations protéiques en chaîne, en relation avec les déficits d’apprentissage et de mémorisation. Il semble donc que le fonctionnement neuronal anormal, avec les réponses inhibitrices qu’il entraîne, puisse jouer un rôle dans la genèse des troubles cognitifs. Cela se trouve confirmé par une série d’expérimentations  où le blocage de l’hyperexcitabilité des circuits nerveux évite l’apparition de la détérioration mentale et, entre autres, la mortalité prématurée.                                                                       

De plus, l’apolipoprotéine E4 , facteur génétique le plus important de risque d’apparition de certaines formes de maladie d’Alzheimer, est également associé à une activité épileptogène subclinique chez les sujets qui en sont porteurs, même sans démence. Les tracés qui en résultent ont pu être enregistrées sur EEG en vidéo.  Peptides Aβ et apolipoprotéine E4 contribuent à l’apparition de la maladie d’Alzheimer, par des actions communes et par des effets différents mais l’hyperexcitabilité des réseaux neuronaux en constitue un point de convergence. Il s’avère aussi qu’en réduisant la concentration de protéines tau, on prévient à la fois l’hyperactivité électrique et les déficits cognitifs.

Si l’on souligne la fréquence des manifestations convulsives dans les différentes formes de la maladie d’Alzheimer, on constate aussi que la thérapeutique fournit des arguments en faveur de leur rôle de primum movens. De même que des épilepsies s’avèrent sensibles à différents traitements spécifiques et résistantes à d’autres, ces mêmes anti-épileptiques améliorent  certaines maladies d’Alzheimer, et sont sans effet sur d’autres, voire les aggravent. Ces différentes réactions semblent être liées à des effets, encore inconnus, des protéines impliquées dans ces pathologies.

Dr Françoise Ponchie Gardelle

Référence
Palop JJ et coll. : Epilepsy and cognitive impairements in Alzheimer disease. Arch Neurol 2009 ; 66 : 435- 440

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article