Le cancer du sein bilatéral est-il plus grave ?

Le cancer du sein bilatéral et synchrone (KSBS) est rare, environ 2 % des cancers du sein (KS). Si sa prise en charge chirurgicale dépend de la taille, du caractère uni ou multifocal de chaque tumeur et de son extension lymphatique, le traitement adjuvant est classiquement donné assez libéralement en raison d’un pronostic supposé aggravé, ce qui demandait à être confirmé ; tel a été le but de ce travail.

Ont été considérés comme KSBS tous les cas où une tumeur controlatérale a été découverte moins  de 6 mois après la première. Tous les cancers opérables non traités ont été inclus, quel que fût leur type histologique, sauf les cancers canalaires in situ. Les auteurs ont identifié 68 patientes avec KSBS vues entre 1977 et 2001 et dont les dossiers étaient complets et exploitables, avec un recul d’au moins 5 ans. Un modèle mathématique a permis de déterminer celle des 2 tumeurs qui avait le plus mauvais pronostic, en fonction de son grade, de son extension lymphatique, de ses récepteurs hormonaux (RH) etc.

Chaque porteuse de KSBS a été appariée avec 2 femmes témoins ayant un KS unique, pour qu’elles soient comparables en matière d’âge ( à 10 ans près), de date du diagnostic, de taille tumorale (± 5 mm), de statut ménopausique, lymphatique et de RH. Des problèmes méthodologiques (absence de prélèvement axillaire, par ex.) ont fait qu’il n’y a eu que 128 malades dans le groupe contrôle.

Le traitement chirurgical avait consisté en une mastectomie bilatérale ou une chirurgie conservatrice du sein (CCS) bilatérale ou encore une mastectomie d’un côté et CCS de l’autre.

Sur 68 KSBS, 8 seulement ont reçu une chimiothérapie postopératoire, mais 24 ont eu de la radiothérapie (dont 4 après mastectomie).

Sur les 24 survivantes en 2007 (35 %), 11 n’avaient pas d’envahissement axillaire (N-) au départ.

Si on compare la survie moyenne à 5  et 10 ans, on s’aperçoit que celle des KSBS (68 et 57 %) est voisine de celles des KS unilatéraux (72 et 55 %).

Les cancers bilatéraux synchrones ont donc un pronostic tout à fait superposable à celui des cancers unilatéraux. C’est celle des deux tumeurs qui a le plus mauvais pronostic qui détermine le taux de survie, la seconde n’ayant à cet effet qu’un rôle…. secondaire.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Irvine T et coll. : Prognosis of synchronous bilateral breast cancer. Brit J Surg., 2009; 96: 376-380.

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