Changement de voltage ECG sous l’effet de l’alcool

L’intoxication alcoolique est probablement l’intoxication la plus répandue au monde et elle est parfois létale. Or le mécanisme exact par lequel l’intoxication alcoolique contribue au décès est inconnu.

Une consommation chronique d’alcool peut conduire à une cardiomyopathie et à des dysfonctionnements du nerf vague et participer ainsi à l’augmentation de la mortalité et au risque de mort subite constaté chez l’alcoolique.
Par ailleurs, des modifications électriques à type de troubles du rythme supraventriculaire ont été décrites dans des cas d’intoxications alcooliques aiguës.

Une équipe norvégienne s’est intéressée aux éventuelles modifications de voltage de l’ECG dans les cas d’intoxication alcoolique aiguë avec un taux d’alcoolémie potentiellement létal. Dans le cadre d’une étude prospective, des enregistrements ECG à l’admission et avant la sortie ont été réalisé pour 32 patients admis aux urgences.
Les voltages des tracés électrocardiographiques ont été mesurés manuellement à la fois pour le complexe QRS et l’onde T sur l’ensemble des dérivations pour le tracé de l’admission et celui de la sortie.

Le delta des voltages QRS en précordial (entre ECG d’admission et de sortie) était positif pour 13/15 (87 %, p=0,010) des buveurs occasionnels et 8/17 (47 %, p=0,53) des patients alcooliques. Les auteurs notent une différence à la fois pour le voltage du QRS et celui de l’onde T entre les buveurs occasionnels et le groupe alcoolique. 
Les résultats montrent également que les seize patients considérés comme alcooliques avaient une osmolalité plus élevée que les buveurs occasionnels.

Pour les auteurs, ces résultats traduisent l’effet de l’alcool sur les chaînes ioniques aboutissant à créer un potentiel d’action dans le cœur. Ils suggèrent également qu’un processus d’adaptation se met en place en cas d’intoxication alcoolique chronique.

Cette étude est intéressante mais a de nombreuses limites : absence d’analyse toxicologique à la recherche d’autres toxiques, faible validité des informations recueillies lors d’une intoxication alcoolique aiguë, existence d’un traitement chronique non documentée, présupposé que l’ECG réalisé en fin d’hospitalisation n’est plus influencé par l’alcool or un patient n’est resté que 4 heures en hospitalisation et nous savons que le métabolisme d’élimination de l’alcool est long…

Quoi qu’il en soit, ces observations suggèrent que des hauts niveaux d’intoxication alcoolique interfèrent avec les ions créant les potentiels d’action au niveau cardiaque et font apparaître des différences intéressantes entre les voltages ECG des buveurs occasionnels et des alcooliques chroniques. Pour les auteurs ces anomalies peuvent expliquer l’augmentation de la mortalité par arythmie cardiaque.

Dr Frédérique Doriat

Référence
Aasebo W. ECG-voltage in alcoholics and non-alcoholics with acute alcohol intoxication. J Forensic leg Med, 2009 : publication avancée en ligne le 4 février. doi:10.1016/j.jflm.2009.01.016

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