Bisphénol A, source de préoccupation pas seulement dans les biberons…

Des auteurs des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), de Harvard et de l’université du Michigan attirent l’attention sur les expositions des prématurés hospitalisés en unité de soins intensifs (USI) au bisphénol A (BPA), et à d’autres perturbateurs endocriniens comme les phtalates et les parabens.
Ces auteurs, qui avaient récemment montré chez 54 prématurés de 2 USI néonatales, que l’exposition au di(2-éthylhexyl)phtalate (DEHP), via les dispositifs médicaux en chlorure de polvinyle, était associée à des concentrations urinaires plus élevées que celles observées en population générale, ont mesuré les concentrations urinaires de BPA, libre et total (libre + conjugué), chez 42 des 54 prématurés. 

Cette nouvelle étude révèle un pourcentage de BPA sous forme conjuguée dépassant 90 % chez plus de 75 % des prématurés.

Elle montre une association forte entre intensité d’utilisation de matériels contenant du DEHP et concentration totale de BPA, association non retrouvée pour les autres phénols. Après ajustements sur le sexe et le centre hospitalier, les concentrations de BPA total chez les prématurés exposés à une forte utilisation de dispositifs contenant du DEHP étaient 8,75 fois plus élevées que chez ceux du groupe de faible utilisation des ces matériels (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 3,36 et 22,8 ; p<0,0001), et 3,4 fois plus élevées (IC95 entre 1,45 et 8,09) que chez les prématurés du groupe d’intensité moyenne d’exposition (p=0,0003).

Les concentrations de BPA sont apparues, chez les prématurés de cette étude, beaucoup plus élevées que celles observées en population générale, dans toutes les populations soumises à analyse aux États-Unis. La médiane des concentrations urinaires de BPA était, chez ces prématurés, de 28,6 µg/l, dépassant largement celle, de 3,7 µg/l, des enfants âgés de 6 à 11 ans examinés dans le cadre du National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES-2003/2004), et presque le double de la concentration au 95e percentile de ces enfants de 6-11 ans, qui était de 16 µg /l.

Les formes conjuguées étaient les principaux métabolites du BPA observées, suggérant que les prématurés pourraient métaboliser le BPA.

Les résultats montrent en outre des médianes de concentrations urinaires de méthylparaben et de propylparaben plus élevées que les médianes observées, aux États-Unis, dans un groupe de 100 adultes, mais inférieures au 95e percentile de concentration chez ces adultes. Les auteurs soulignent l’absence de données intéressant l’étendue de l’exposition aux parabens chez l’enfant.

Ces résultats suggèrent, dans une population particulièrement fragile, celle des prématurés hospitalisés en unité de soins intensifs néonatales, une possible exposition, à des périodes critiques du développement, à des agents potentiellement délétères pour la reproduction et le développement. Mais il s’agit d’une étude d’exposition, ne permettant pas, chez ces enfants, d’explorer les relations entre ces expositions et la survenue d’effets indésirables pour la santé. Elle appelle des études complémentaires visant à préciser les sources d’exposition. Les auteurs insistent sur l’impact sanitaire potentiel des matériels médicaux.

Dr Claudine Goldgewicht

Référence
Calafat AM et coll. : Exposure to bisphenol A and other phenols in neonatal intensive care unit premature infants. Environ Heath Perspect 2009 ; 117 : 639-44.

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