Le plan de MAM pour lutter contre le suicide en prison contesté

Paris, le 24 août 2009. Un « kit de protection » contenant draps et couvertures indéchirables, pyjamas en papier à usage unique et matelas anti-feu pour les détenus les plus fragiles, voilà une des mesures prises par la ministre de la Justice pour lutter contre le suicide en prison.
Michèle Alliot-Marie a aussi annoncé la mise en place, dès cet automne, de « formations pour les personnels afin de leur permettre de détecter les détenus qui présentent un risque suicidaire et de mieux les accompagner ».

Les détenus ont leur rôle à jouer dans cette série de mesures. En effet, Michèle Alliot-Marie propose aux prisonniers qui le souhaitent d’accompagner les détenus en situation de détresse psychologique. « Nous publierons désormais des chiffres des suicides en prison deux fois par mois », a-t-elle également promis.

Rien sur la surpopulation carcérale

La ministre de la Justice n'a en revanche fait aucune allusion à la surpopulation carcérale, alors que son secrétaire d'Etat à la Justice, Jean-Marie Bockel, a reconnu que le taux d'occupation des prisons françaises est plus élevé que la moyenne européenne, « à 106 détenus pour 100 places en moyenne ».
Le chiffre de suicides est également l’un des plus élevés d’Europe. Selon, l’Administration pénitentiaire, 81 détenus se sont suicidés depuis le début de l’année, mais ils seraient en réalité plus de 90 selon l’Observatoire International des Prisons et l’association Ban Public. En 2008, selon l’Administration Pénitentiaire, 115 détenus se sont suicidés, c’est deux fois plus qu’en Allemagne ou qu’en Grande-Bretagne, et trois fois plus qu’en Espagne selon le Conseil de l’Europe.
En plus des mesures proposées par MAM, Jean-Marie Bockel, a suggéré de rendre obligatoire le « lire et l’écrire » pour les détenus illettrés. Il a également émis l’idée d’un numéro vert « qui permette aux familles, aux personnes qui ont un indice, de réagir tout de suite ».

Un plan « pas à la hauteur de l’enjeu »

Si l’Association Ban Public se réjouit d’annonces « globalement plutôt positives », l’Observatoire International des Prisons critique un plan « pas à la hauteur de la situation et du drame qui se vit dans les prisons françaises d’aujourd’hui ». Sa présidente, Florence Aubenas, appelle « le Parlement à se saisir de la question du suicide en prison au travers de la création en urgence d'une mission d'information susceptible de réorienter le projet de loi pénitentiaire soumis à l'examen de l'Assemblée le 15 septembre prochain ».

Enfin, le docteur Louis Albrand, à l’origine d’un rapport sur ce sujet, déposé en avril auprès de Rachida Dati, déplore des mesures « pas à la hauteur de l’enjeu » et reproche à Michèle Alliot-Marie d’avoir repris le « rapport édulcoré mais pas [mon] vrai rapport ». Le Dr Albrand a annoncé la création d'un groupe de travail sur le suicide en prison. Placé sous l'égide de l'ancien garde des Sceaux, Albin Chalandon, cette mission devrait rassembler d'anciens ministres, des hauts fonctionnaires, des magistrats, du personnel pénitentiaire, des médecins, d'anciens détenus, des journalistes et des écrivains.
Elle pourrait déboucher sur de nouvelles propositions dès la fin du mois d’octobre.

 

Illustration : Le Progrès Illustré, supplément au Progrès de Lyon, 26 février 1893

FB

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